A coups de révocations de prêtres, de demandes de pardon aux victimes, d’admonestations et de nouvelles règles canoniques, le pape Benoît XVI pensait avoir partiellement fait face aux scandales de pédophilie qui submergent l’Eglise catholique depuis plusieurs mois. Mais le souverain pontife va sans doute devoir affronter une nouvelle tempête à caractère sexuel.

«Vices et perversions»

Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire italien Panorama publie en effet une longue enquête intitulée «Les nuits chaudes des curés gays» avec en couverture une photo sans équivoque. Le cliché montre les mains croisées d’un curé en soutane tenant un chapelet dans ses doigts aux ongles vernis de rose. L’un des journalistes de la revue, qui appartient à l’empire de communication du chef du gouvernement Silvio Berlusconi, s’est ainsi plongé dans le milieu homosexuel romain pour, explique le journal, «assister aux vices et perversions de prêtres insoupçonnables ayant une double vie».

A l’aide d’une caméra cachée et d’un complice gay servant d’appât, Panorama suit notamment un curé français qui, début juillet, aurait participé à une fête dans un pub du Testaccio, l’un des quartiers préférés des noctambules romains. «Il a 35 ans, porte un jean avec une ceinture blanche, une chemise rose déboutonnée qui met en évidence un bronzage certain […]. Il semble qu’il ait célébré il y a quelques jours une messe au Vatican», rapporte le journal. Trois autres prêtres se trémoussent dans le local où «les seules femmes présentes sont des serveuses», avant que les fêtards ne s’isolent dans les recoins de la boîte puis dans l’appartement du «fiancé» du jeune Français qui pour l’occasion endosse sa chemise grise de ­prêtre.

«Tout le reste n’est que sexe», ajoute Panorama. S’ensuivent le récit de soirées au «gay village» de la capitale italienne, les rencontres avec d’autres ecclésiastiques homosexuels et la célébration de la messe dans une église de Rome par l’un d’entre eux. Le sixième commandement ne récite-t-il pas «tu ne commettras pas d’actes impurs»?, conclut l’article.

Ce n’est pas la première fois que des rumeurs sulfureuses sur la vie sexuelle de prêtres et même de certains prélats circulent autour de la Cité du Vatican. Déjà, en 1998, à la suite de l’assassinat du commandant des gardes suisses Alois Estermann et de sa femme par Cédric Tornay, des amis présumés du caporal avaient affirmé que certains gardes suisses entretenaient des relations avec des ministres du culte. Entourée de mystère, l’affaire était au fil des ans retombée, mais les soupçons sur la vie débridée de quelques habitués du Saint-Siège n’ont jamais disparu. En réaction aux révélations de Panorama, le diocèse de Rome a fait part hier, à travers un communiqué, de sa «douleur et de son trouble» et a affirmé sa détermination à «poursuivre avec rigueur tout comportement indigne de la vie sacerdotale». A propos des hommes d’Eglise homosexuels, le texte précise que «personne ne les contraint à demeurer prêtres et à en exploiter seulement les bénéfices. La cohérence voudrait qu’ils se dévoilent.»

Abandonner le sacerdoce

De son côté, le Vatican n’a pas souhaité réagir, se retranchant derrière le communiqué du diocèse de Rome. Reste que les «nuits chaudes des curés gays» tranchent singulièrement avec la ligne réaffirmée par Joseph Ratzinger qui n’a cessé de répéter que l’Eglise ne peut tolérer en son sein «des orientations qui sont en réalité des désorientations». En avril, le secrétaire d’Etat du Vatican, Tarcisio Bertone, était allé jusqu’à établir un lien entre homosexualité et pédophilie, ce qui avait provoqué une vive polémique notamment auprès des associations gays.

Vendredi, l’un des responsables de la communauté homosexuelle italienne, Aurelio Mancuso, a stigmatisé l’opération de Panorama , la qualifiant de «voyeuriste» et pleine de clichés, mais il a aussi ironisé sur la réaction du diocèse de Rome: «Si tous les prêtres homosexuels devaient effectivement abandonner le sacerdoce, d’un coup, une grande partie des paroisses de Rome seraient paralysées.»