Asie

Le numéro un chinois Xi Jinping, potentiel «empereur à vie»

Le Comité central du Parti communiste a décidé d’autoriser l’accomplissement de plus de deux mandats à la tête du pays. Une mesure qui ouvre la voie à des règnes sans limites

Secrétaire général du Parti communiste, président de la République populaire et chef des armées, Xi Jinping cumule les pouvoirs depuis son accession au sommet de l’Etat chinois en 2013. Il vient de faire sauter le dernier verrou de façon à s’assurer un mandat à vie. Le Comité central, sorte de parlement du Parti communiste chinois (PCC), s’est prononcé en faveur de la levée de la limite constitutionnelle de deux mandats pour le président.

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L’annonce faite dimanche dans la presse officielle doit être confirmée lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale populaire qui s’ouvrira le 5 mars. Le premier mandat de Xi s’achève et le dirigeant de 64 ans sera alors formellement réélu. C’est dans ce cadre que la Constitution sera modifiée. Sans aucun doute. «Xi Jinping a tout fait pour réaliser son ambition d’être empereur à vie, le Mao Tsé-toung du XXIe siècle et une figure quasi démiurgique, commente Willy Lam, politologue à l’Université chinoise de Hongkong. Il existe une forte opposition, y compris au sein du parti, à un tel développement, mais Xi Jinping est désormais trop puissant pour que quiconque le défie. Il n’y a pas de contre-pouvoir.»

Une approche méticuleuse

Xi Jinping a préparé son sacre en plaçant méticuleusement ses proches dans les principales instances du parti, et en particulier au Comité central du bureau politique, l’échelon suprême. Sa campagne anti-corruption est perçue comme un moyen de liquider ses rivaux éventuels. Elle a visé tous azimuts 1,5 million de personnes, allant des «mouches» – de petits responsables locaux et provinciaux accusés d’avoir accepté des pots-de-vin – aux «tigres», les plus hauts dignitaires du parti.

Xi Jinping aurait dû céder le pouvoir en 2023 à l’issue de son second mandat de cinq ans, comme ses prédécesseurs Hu Jintao et Jiang Zemin l’avaient fait avant lui. Mais il paraît désormais bien placé pour passer ce cap. «Il va rester au pouvoir tant que sa santé le permet, jusqu’en 2032 peut-être, année où il aura presque 80 ans, prédit Willy Lam. Personne n’osera le défier maintenant que sa doctrine est canonisée par le parti.»

En octobre dernier, le 19e Congrès du Parti communiste a de fait permis l’inclusion de la «pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère» dans la charte du PCC qui sert de guide d’action pour ses 89 millions de membres. Seul Mao Tsé-toung, le fondateur du régime, avait bénéficié de cette distinction de son vivant. Xi Jinping avait ainsi été hissé au rang de dirigeant politique le plus puissant depuis quarante ans et fait voler en éclats les garde-fous.

Depuis la fin de l’ère Mao en 1976, les responsables gouvernementaux chinois avaient voulu faire passer le leadership collectif du parti avant l’individualité de ses leaders. Les membres du comité permanent avaient aussi décidé en 2007 de limiter à 68 ans l’âge maximal pour diriger le pays. Une façon de mettre fin au mandat à vie. Mais Xi Jinping, officiellement surnommé «Xi Dada» (tonton Dada), se montre beaucoup plus autoritaire que ses prédécesseurs, comme l’indiquent le durcissement de la répression et l’instauration d’un quasi-culte de la personnalité.

Désormais reconduit sans limites de temps, Xi Jinping devrait poursuivre sa doctrine: promouvoir la «grande renaissance de la nation» de façon à faire de la Chine un pays «moderne», «puissant», doté d’une armée «de premier rang mondial» et entièrement «placé sous la direction du parti», comme il l’expliquait l’automne dernier dans son discours d’ouverture du Congrès.

Un risque de retournement

Sur le plan économique, Xi Jinping «devrait poursuivre dans la voie des réformes économiques déjà engagées par Deng Xiaoping à partir de 1978, poursuit Willy Lam. Beaucoup plus conservateur que ce dernier, il veillera à ce que le parti contrôle l’économie, et notamment les entreprises d’Etat.»

Si Xi Jinping paraît aujourd’hui détenir un pouvoir absolu, un règne prolongé pourrait toutefois se retourner contre lui. «Il est très probable qu’il fasse des faux pas et commette de graves erreurs, au plan intérieur comme en politique extérieure. Et ses faux pas donneront des opportunités à ses ennemis pour se ressaisir et s’unir pour l’attaquer, voire le déloger», estime le politologue.

Mais dans l’immédiat, l’inquiétude l’emportait sur les réseaux sociaux. Avec un potentiel mandat à vie, «la situation va empirer», la communauté internationale continuer à fermer les yeux et «le silence assourdissant sur les violations des droits de l’homme» perdurer, a redouté sur Twitter Sophie Richardson, directrice de recherche sur la Chine à Human Rights Watch. L’opposant hongkongais Joshua Wong a défié quant à lui la censure, en publiant un dessin représentant «l’empereur Xi» en Winnie l’Ourson, le personnage de dessin animé banni des réseaux sociaux chinois depuis qu’il a été comparé au président chinois.

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