«Ce n'est pas une simple opération de plus. On a arrêté la personne avec le plus de poids politique et militaire de la bande terroriste», a commenté, mercredi, le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba en se référant à l'arrestation du terroriste basque Javier Lopez Peña, dit «Thierry». Numéro un présumé de l'organisation séparatiste basque ETA depuis deux ans, «Thierry», âgé de 49 ans, a été arrêté mardi soir à Bordeaux, avec six autres personnes, après vingt ans de cavale. Ce vétéran de l'ETA était la bête noire du gouvernement socialiste. Il serait à l'origine de la rupture du processus de paix engagé en mai 2006 entre ETA et l'exécutif de José Luis Zapatero.

Pas d'abandon des armes

Connu pour avoir été l'un des interlocuteurs du gouvernement lors des ultimes réunions entre décembre 2006 et mai 2007, «Thierry» appartient à la branche dure de l'ETA. Il fait partie de ceux qui refusaient d'abandonner les armes. Il aurait notamment organisé l'attentat à l'aéroport de Madrid fin décembre 2006, qui a mis fin de facto aux négociations de paix. Parmi les autres détenus figurent également des membres de l'appareil militaire et politique de l'ETA, lesquels auraient aussi participé au processus de dialogue. L'un d'entre eux est Ainhoa Ozaeta, la jeune femme qui avait lu le communiqué annonçant la trêve en 2006.

Mais ce coup de filet contre les principales têtes pensantes de l'ETA ne signifie pas que l'organisation basque soit décapitée. Le groupe armé, qui mène depuis quelques mois une série d'attentats violents sur le territoire espagnol, disposerait d'une nouvelle fabrique de bombes en France, selon le spécialiste basque Florencio Dominguez. De nombreux membres non fichés par la police, des «légaux», seraient chargés de commettre les attentats, rendant ainsi plus difficile le travail de surveillance des forces de l'ordre. Enfin, l'ETA, qui fonctionne selon un mode très collégial, est constitué de nombreux dirigeants qui se relayent aux postes de décision en cas d'arrestation. Actuellement, deux jeunes membres de l'appareil militaire - ceux qui contrôlent les commandos et décident des cibles à tuer - sont toujours en liberté. Il s'agit de Garikoitz Aspiazu, alias «Txeroki», et son bras droit Aitzol Iriondo, dit «Gurbitz». Parmi les vétérans figurent les dirigeants historiques «Pastor» et «Dienteputo» ainsi que Josu Ternera, ancien parlementaire basque du parti Batasuna, en fuite depuis 2002. Ce dernier, en faveur du processus de paix, aurait été écarté du pouvoir au sein de l'ETA par «Thierry».

La police espagnole considère également que les prises de décisions proviennent aussi des comités de prisonniers. Les principaux responsables qui tirent les ficelles depuis les prisons françaises seraient Mikel Albizu, dit «Antza», et sa compagne Soledad Iparragirre, «Amboto». Au lendemain de cet important coup de filet, l'Espagne redoute une contre-offensive des terroristes, qui pourrait se traduire par une nouvelle série d'attentats en dehors du Pays basque et notamment à Madrid.