Plus de dix mille personnes appelant à la vengeance ont participé, au petit cimetière de Beit Hanoun, à l'enterrement des dix-neuf civils de cette ville du nord de la bande de Gaza, tués mercredi à la suite d'une bavure de l'artillerie israélienne. Pour l'occasion, la branche armée du Hamas ainsi que les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (proche du Fatah) ont confirmé leur intention de «frapper Israël là où ça fait mal».

Alors que les victimes étaient portées en terre, Addoul Awad, l'un des leaders du Fatah de Gaza, a affirmé qu'il «n'y aura pas de sécurité à Tel-Aviv tant que les habitants de Beit Hanoun ne vivront pas tranquilles». Quant au Hamas et au Djihad islamique, ils ont salué la mémoire des dix-neuf victimes en tirant des roquettes Kassam sur la ville de Sderot. L'une d'entre elles est tombée sur une yeshiva (école talmudique), vide à ce moment-là.

A Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), les commerçants ont fermé leurs boutiques durant l'enterrement. Deux cents étudiants ont affronté les unités antiémeute de la police israélienne à coups de pierres et de bouteilles vides. Deux membres des forces de l'ordre ont été blessés et onze manifestants arrêtés.

Redoutant une émeute semblable à celle qui avait déclenché l'Intifada Al-Aqsa le 28 octobre 2000, la police veut en tout cas limiter l'accès des fidèles à la grande prière du vendredi. Les adultes âgés de moins de 45 ans ne pourront donc pas participer à l'office, et les Palestiniens de Cisjordanie ne pourront pénétrer dans Jérusalem.

Selon les services de sécurité de l'Etat hébreu, 80 alertes à l'attentat-suicide ont été enregistrées dans le courant de ces dernières 48 heures mais 15 sont réellement considérées comme «chaudes». La police israélienne a donc placé l'ensemble de ses effectifs en état d'alerte maximale. Elle a également obtenu que la Gay Pride, la grande manifestation homosexuelle qui devait se dérouler à Jérusalem malgré l'opposition des milieux ultraorthodoxes, soit réduite à une simple réunion dans un stade universitaire.

Largement diffusées par la presse de l'Etat hébreu, des fuites provenant de l'état-major affirment en tout cas que l'enquête sur la tuerie de Beit Hanoun, commanditée mercredi par le ministre de la Défense, Amir Peretz, impute le bombardement des maisons palestiniennes à un «dysfonctionnement du système de visée électronique de la batterie de canons».

Selon ces révélations, douze obus devaient initialement être tirés sur une zone située à 500 mètres de Beit Hanoun, mais les deux derniers projectiles ont dévié. «Cette bavure renforce ceux qui, au sein de l'état-major, plaident en faveur de l'arrêt de ces tirs», explique la chroniqueuse militaire Carmela Menaché. «Depuis quatre mois, ces salves n'ont jamais réussi à empêcher les Kassam de s'abattre sur nos villes et nos villages. Nos généraux ont compris qu'ils doivent trouver autre chose.»

Pour tenter de désamorcer le nouveau regain de tension causé par la tuerie de Beit Hanoun, Ehoud Olmert, le premier ministre israélien, s'est en tout cas déclaré prêt à rencontrer le président palestinien, Mahmoud Abbas, «n'importe quand, n'importe où, et sans conditions préalables». Dans la foulée, il a déclaré que l'Etat hébreu «aura beaucoup à lui offrir lorsqu'il prendra place à la table des négociations».

Plusieurs commentateurs de la presse israélienne doutent cependant de la sincérité de cette proposition. Ils rappellent qu'Ehoud Olmert a déjà fait une telle offre quatre fois depuis six mois mais qu'il n'a jamais trouvé le temps de rencontrer Mahmoud Abbas. Ce dernier réside à 7 kilomètres de chez lui.