Etats-Unis

Obama agit sans le Congrès pour prévenir de nouvelles fusillades aux Etats-Unis

Le président démocrate doit annoncer cette semaine par décrets présidentiels plusieurs mesures pour lutter contre le fléau de la violence commise par les armes à feu. Chaque jour, 90 personnes en meurent outre-Atlantique

Après chaque fusillade, l’espoir de durcir le contrôle des armes à feu renaît. Mais une fois l’émotion passée, le statu quo s’impose à nouveau. Malgré les tragédies de Newtown, Roseburg, Colorado Springs ou encore Charleston, le Congrès ne juge pas utile de sévir malgré les appels du pied de la Maison-Blanche qui avait élaboré un ambitieux plan d’action au début 2013. Les républicains et quelques démocrates restent réfractaires à tout renforcement de la législation. Beaucoup demeurent sous la coupe de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes fort de cinq millions de membres.

A douze mois de la fin de sa présidence, Barack Obama, qui répète après chaque tuerie de masse la nécessité d’agir, passe à l’action. Mais cette fois par décret présidentiel pour tenter de limiter l’impact d’un fléau qui tue 90 personnes par jour aux Etats-Unis.

Voir ainsi le discours du 2 octobre, après une fusillade sur un campus de l'Oregon:

Lundi, le président démocrate s’est entretenu avec sa ministre de la Justice Loretta Lynch ainsi qu’avec le directeur du FBI James Comey pour voir quels types de mesure il peut prendre sans l’aval du Congrès. Comme ce dernier est incapable d’empêcher même les personnes figurant sur une liste d’interdiction de vol d’acheter une arme à feu, il considère comme son devoir moral d’agir. Emotionnellement, la fusillade de Newtown en 2012, où vingt-six personnes dont vingt enfants de six et sept ans avaient été abattues par un jeune de vingt ans, a profondément affecté le chef de la Maison-Blanche de même que la tuerie dans une église afro-américaine de Charleston en Caroline du Sud. Désormais, il ne compte plus sur une hypothétique collaboration du Congrès. «Ma résolution du Nouvel An, a déclaré Barack Obama dans une vidéo diffusée vendredi dernier, est de progresser autant que possible […] face à l’épidémie des violences par armes à feu.»

Lire aussi cet article de 2013: Armes à feu: l’audacieuse réforme d’Obama

Donald Trump tempête

L’action annoncée de Barack Obama a déjà suscité l’ire des candidats républicains à la Maison-Blanche. L’actuel candidat en tête des sondages dans la course à l’investiture républicaine, Donald Trump, a déclaré ne pas «aimer toute tentative visant à changer le second amendement», lequel autorise les Américains à posséder une arme à feu. Ce même Donald Trump suggérait que la tragédie de Paris le 13 novembre dernier n’aurait pas coûté autant de vies humaines si chacun était doté d’une arme à feu. Représentant plutôt l’élite du parti, le gouverneur du New Jersey Chris Christie, qui convoite lui aussi la présidence, s’est montré encore plus critique: «Obama est un enfant irritable (qui contourne le Congrès) chaque fois qu’il n’obtient pas ce qu’il veut.» Le tribun du New Jersey est convaincu que les décrets présidentiels d’Obama en la matière sont «contraires au droit» et seront levés par une décision de la Cour suprême.

Du côté démocrate, le soutien à un contrôle plus strict des armes à feu est large, même si certains élus issus d’Etats connus pour avoir une forte culture des armes à feu comme la Virginie occidentale plaident pour des mesures de portée limitée. Le candidat «socialiste» Bernie Sanders, qui bouscule la favorite Hillary Clinton notamment dans le New Hampshire dans la perspective de la primaire de février, a lui-même dû se défendre d’être trop favorable aux armes à feu dans plusieurs débats télévisés. En tant qu’élu du Congrès, il a refusé à plusieurs reprises de durcir la législation en la matière, rappelant le caractère rural de son Etat du Vermont où la chasse y est une tradition ancestrale.

Des contrôles d’identité beaucoup plus stricts

Les décrets présidentiels de Barack Obama devraient imposer des contrôles d’identité beaucoup plus stricts notamment lors de foires aux armes à feu pour empêcher des criminels ou des personnes ayant des problèmes psychologiques d’acquérir un fusil ou un pistolet. Ils n’auront pourtant qu’une portée limitée, la Maison-Blanche ne pouvant radicalement la donne sans l’appui du Capitole. Ils vont s’inscrire cependant dans un contexte nouveau. Si jusqu’ici la NRA dictait sa loi en investissant des centaines de millions de dollars et en attribuant des notes aux élus de Washington en fonction de leurs votes, elle est désormais confrontée à une forte concurrence.

Plusieurs organisations combattant ce lobby ont vu le jour depuis la tragédie de Newtown. C’est le cas de «Everytown for Gun Safety» financée en partie par le milliardaire et ex-maire de New York Michael Bloomberg. L’organisation a réussi à saper la toute-puissance de la NRA dans certains Etats. Elle a surtout mis en place une nouvelle stratégie calquée sur celle qui a permis au mariage gay de devenir loi sur le plan fédéral: si durcir la législation sur le contrôle des armes à feu est impossible à Washington, autant agir à l’échelle des Etats. Six Etats ont ainsi accepté de renforcer les contrôles d’identité des acquéreurs de fusils et pistolets. Fin de l’immobilisme? Difficile d’être catégorique, mais la dynamique a manifestement changé.

Lire aussi: San Francisco durcit encore ses lois sur les armes à feu

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