Allemagne

Les Obama aux prises avec l’histoire à Berlin

Le président américain a prononcé hier un discours attendu sur sa vision des relations internationales. La guerre et la paix y jouaient un rôle central

Leçon d’histoire pour la famille Obama. Malia et Sasha, les deux filles du président, qui accompagnaient hier leurs parents en visite officielle à Berlin, se sont rendues sur les traces du Mur avec Joachim Sauer, le mari d’Angela Merkel, issu lui aussi de l’ex-RDA. La «First Family» a ainsi bénéficié d’un privilège bien inhabituel: l’époux de la chancelière est connu pour ­préférer l’obscurité de son laboratoire de physicien plutôt que les flashs de la politique. Il ne se montre en public qu’à de très rares occasions…

Au pas de course, Michelle et ses deux filles se sont également rendues au Mémorial juif et sous la coupole du Reichstag, à quelques pas de la porte de Brandebourg, où Barack Obama a tenu, en début d’après-midi, un discours très attendu sur sa vision des relations internationales.

Angela Merkel, en campagne électorale, et le président américain, soucieux de faire oublier les déceptions liées à son premier mandat, ont multiplié tout au long de la journée les démonstrations d’une amitié historique: les Berlinois n’ont pas oublié que, sans le soutien inconditionnel – malgré la guerre – des Américains, leur ville n’aurait pu être réunifiée.

L’accueil réservé au président n’aura cette fois pas été aussi spontané qu’en 2008, lorsque 200 000 Berlinois enthousiastes étaient venus l’applaudir au cœur du principal parc de la ville, le Tiergarten. Pour le discours du président porte de Brandebourg hier, seuls quelque 6 000 Berlinois et Américains triés sur le volet ont pu s’approcher de la vitre sécurisée qui le protégeait d’éventuels terroristes.

«Hallo Berlin!» a lancé un Obama aux allures de rock star, avant de retrousser ses manches, incommodé par le soleil de plomb, et invitant tous les spectateurs à en faire autant, «puisqu’on est entre amis…» De Kant au mur de Berlin, le discours de Barack Obama a flatté tous les recoins de la conscience collective allemande, comme pour mieux redorer son image, mise à mal par les déceptions suscitées par son premier mandat.

Certes, 60% des Allemands ont aujourd’hui encore une opinion positive du président américain. Mais les espoirs soulevés par son élection en 2008 ont été déçus. Sous les applaudissements, le président a tenté de corriger le tir en rappelant, dans un discours plus analytique qu’émotionnel, son ­intention de fermer Guantanamo. Le sujet est particulièrement sensible en Allemagne: plusieurs citoyens allemands y ont été enfermés, certains à tort, comme l’Allemand d’origine turque Murat Kurnaz.

La guerre, la paix et la sécurité étaient au centre de son propos. Barack Obama a profité de son ­séjour dans la ville symbole de la Guerre froide pour proposer d’aller plus loin dans le désarmement nucléaire. «Notre objectif est de réduire d’un tiers le nombre des têtes nucléaires», a-t-il insisté sous les applaudissements, et malgré les réticences exprimées quelques heures plus tôt par Vladimir Poutine. «Nous ne pouvons pas accepter que l’équilibre du système de défense stratégique soit modifié, et qu’on touche à l’efficacité de ­notre arsenal nucléaire», a assuré hier le président russe depuis Saint-Pétersbourg.

Les Allemands sont majoritairement pacifistes et opposés au nucléaire, qu’il soit civil ou militaire. Barack Obama, prêt à mener de nouvelles négociations à ce ­sujet, a annoncé un sommet ­nucléaire pour 2016, peu avant la fin de son second mandat. «Nous créerons un cadre international propice à l’usage civil du nucléaire et à même de contrer les ambitions de la Corée du Nord et de l’Iran», a-t-il promis.

A Berlin, il a également été longuement question des négociations directes entre Américains et talibans, après l’annonce surprise, mardi, de la prochaine reprise des contacts entre les deux parties, rendue possible avec l’ouverture hier d’un bureau de représentation taliban à Doha, au Qatar. Ce qui a fait réagir Kaboul (voir ci-contre).

A Berlin, Barack Obama a également assuré qu’il ne menait pas de guerre de drones depuis les bases américaines situées sur le territoire de la République fédérale, et que les services secrets américains «ne fouinaient pas dans les courriers électroniques des citoyens européens ou américains», faisant al­lusion au scandale Prism. Les Allemands, qui ont connu deux dictatures, sont particulièrement sourcilleux sur ce point. «Le programme a permis de sauver des vies, et de déjouer une cinquantaine d’attentats, y compris en Allemagne», a rappelé Obama. De son côté, Angela Merkel, qui a grandi avec la menace représentée par la police politique Stasi en RDA, a assuré que la discussion à ce sujet avait été «très longue, très complète» et qu’elle allait «se poursuivre.»

Deux sujets n’ont étrangement pas été abordés par le président américain: la crise de la zone euro et les difficultés de l’Union européenne.

L’accueil réservé au président n’aura cette fois pas été aussi spontané qu’en 2008

Barack Obama a proposé d’aller plus loin dans le désarmement nucléaire

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