Obama et Castro réunis pour écrire l’Histoire

Amériques Les présidents des Etats-Unis et de Cuba participent au sommet de Panama

Un rétablissement des relations diplomatiques peut-être à portée de main

Après l’Iran, Cuba. Officiellement, aucune rencontre n’est prévue entre les présidents américain et cubain lors du Sommet des Amériques qui réunit aujourd’hui et samedi à Panama 35 chefs d’Etat. Roberta Jacobson, secrétaire d’Etat adjointe qui négocie avec La Havane, précise pourtant: «Il y aura une interaction» entre Barack Obama et Raul Castro. Quelle que soit la nature de leurs échanges, l’événement pourrait s’inscrire dans l’histoire. La dernière rencontre entre les présidents des deux pays eut lieu entre le dictateur Fulgencio Batista et Dwight Eisenhower en 1956.

Barack Obama et Raul Castro avaient déjà brièvement échangé une poignée de main en marge des funérailles de Nelson Mandela en Afrique du Sud en 2013. Le contexte du sommet est cette fois différent. C’est la première fois depuis la création du sommet en 1994 que Cuba est invité. De plus, le 17 décembre dernier, les deux présidents, qui se sont entretenus par téléphone, ont annoncé qu’ils engageaient un processus de normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba.

En raison d’un demi-siècle de rupture des relations diplomatiques et d’un embargo commercial toujours en place depuis 1962, les pourparlers ont avancé moins vite que prévu. La Maison-Blanche aurait aimé rétablir les ambassades respectives à La Havane et à Washington. Mais refusant jusqu’ici de conditionner, comme le souhaitent les Cubains, le rétablissement des relations diplomatiques au retrait de Cuba de la liste dressée par Washington des Etats «soutenant le terrorisme», elle a dû revoir sa stratégie face aux résistances cubaines. Aujourd’hui, explique l’administration Obama, visiblement pressée, la révision du «cas» cubain serait quasiment achevée et un retrait de la liste envisageable. Une annonce surprise à Panama n’est dès lors pas exclue.

Le président des Etats-Unis, à Panama depuis jeudi soir, arrive au Sommet des Amériques dopé par la percée diplomatique de Lausanne avec l’Iran et par une image généralement positive en Amérique latine. Le président démocrate a adopté à la fin 2014 un décret suspendant les expulsions de quelque 5 millions de clandestins, en grande partie des Latinos. Il a aussi intégré dans sa proposition de budget pour 2016 un milliard pour le développement de l’Amérique centrale. A Cuba, selon un sondage publié mercredi par Univision Noticias/Fusion, 80% des Cubains ont une opinion positive de Barack Obama, contre 47% de leur propre président Raul Castro. Aux Etats-Unis, 59% des Américains se disent favorables à un rapprochement. Le Sommet des Amériques, organisé par l’Organisation des Etats américains (OEA), s’inscrit lui aussi dans l’Histoire. Il signale le retour de Cuba, expulsé en 1962 d’une organisation que La Havane considère comme un instrument de Washington.

Hormis une possible rencontre Obama-Castro, de nombreuses discussions auront lieu en marge du sommet entre Cubains et Américains, à l’image du secrétaire d’Etat John Kerry et de son homologue cubain Bruno Rodriguez. Car, malgré quelques blocages substantiels dont la question des biens américains nationalisés après la révolution castriste et le devenir de la base navale de Guantanamo que les Etats-Unis louent et dont Cuba refuse d’encaisser le loyer et exige la restitution, divers dossiers avancent. Des réunions entre des responsables américains et cubains ont eu lieu ces dernières semaines pour évaluer l’aide que pourraient apporter des sociétés américaines pour restaurer les infrastructures de télécommunications à Cuba. Airbnb, la plateforme en ligne d’appartements loués par des particuliers, a commencé à s’implanter à Cuba. Des représentants de Google se sont rendus à Cuba en mars pour évaluer les perspectives de développement. Les milieux agricoles américains poussent eux aussi au changement face à la perspective de l’ouverture du marché cubain. En février, cinq congressistes républicains et démocrates, soutenus par la US Agriculture Coalition for Cuba (USACC), un groupe d’une trentaine de sociétés de l’industrie agroalimentaire américaine, ont déposé un projet de loi pour lever l’embargo contre Cuba, qui reste la prérogative du Congrès.

A Panama, le Venezuela pourrait perturber la dynamique du rapprochement américano-cubain. Pour des raisons qui restent largement incompréhensibles, la Maison-Blanche a signé un décret présidentiel le 9 mars dernier pour imposer des sanctions du Congrès contre sept hauts responsables vénézuéliens pour avoir gravement violé les droits de l’homme. Le décret parlait d’une «menace extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis». La nouvelle a rendu furieux le chef d’Etat vénézuélien Nicolas Maduro et une bonne partie de l’Amérique latine. L’administration Obama s’est de fait tiré une balle dans le pied. Vice-conseiller à la sécurité nationale à la Maison-Blanche, Benjamin Rhodes a tenté de rattraper le coup avant le sommet de Panama City, soulignant que le Venezuela n’était en rien une menace pour les Etats-Unis. Un émissaire américain a même été dépêché à Caracas avant le sommet pour rassurer Nicolas Maduro.

Le Venezuela pourrait perturber la dynamiquedu rapprochement américano-cubain