États-Unis

Obama: certaines fuites «peuvent mettre des vies en danger»

Le président américain a défendu hier l’action de son gouvernement dans l’affaire de la saisie de relevés téléphoniques de l’agence Associated Press, qui continue de scandaliser la presse. «Donc, je ne m’excuse pas», a-t-il même déclaré

La saisie secrète de relevés téléphoniques de journalistes de l’agence de presse Associated Press par le Département américain de la justice continue de susciter des commentaires outrés des milieux journalistiques, qui y voient une grave violation du premier amendement de la Constitution garantissant la liberté de la presse, et un risque pour le fonctionnement de la démocratie américaine. Les plus indignés craignent que les journalistes ne soient plus en mesure de recourir à des lanceurs d’alertes, eux-mêmes inquiets d’aller à l’encontre de graves problèmes pour les fuites qu’ils orchestreraient.

Le président Barack Obama a pourtant défendu la mesure jeudi: «Des fuites liées à des questions de sécurité nationale peuvent mettre en danger des vies humaines.» Il a aussi refusé de s’excuser pour la saisie des relevés, soulignant que les Américains comprendraient qu’il l’ait fait pour des raisons de sécurité nationale.

De fait, Associated Press (AP)avait publié, le 3 mai 2012, un article révélant qu’une opération de la CIA au Yémen avait permis de déjouer un attentat d’Al-Qaida dans un avion reliant le Royaume-Uni aux Etats-Unis. La fuite dont bénéficia AP, explique NBC News, fâcha le gouvernement britannique, car elle mettait au jour l’activité d’espions britanniques très impliqués dans l’opération. Un Yéménite détenteur d’un passeport britannique fut recruté par les renseignements du Royaume-Uni pour infiltrer un groupe d’Al-Qaida. Les fuites provenaient, selon les médias américains, de sources proches des renseignements américains. Les Britanniques furent soufflés.

Cité par NBC, Sir Malcolm Rifkind, président de la Commission des renseignements à Westminster, s’en fait l’écho: ce type de fuite peut «porter préjudice au travail efficace d’officiers et d’agences de renseignement sur le terrain, un travail censé sauver des vies dans ce pays [Royaume-Uni] et dans d’autres. […] Qu’une fuite se produise aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou ailleurs ne change rien.»

Apparemment, l’agent double britannique avait réussi à faire sortir la bombe en question du Yémen. Celle-ci était censée faire exploser un avion de ligne. Il aurait aussi fourni des informations essentielles sur Al-Qaida dans la péninsule Arabique et sur son spécialiste des bombes Ibrahim al-Asiri. Selon NBC, la fuite dans la presse a mis en danger non seulement l’opération en cours au Yémen, mais aussi l’agent double et sa famille. Elle risquait aussi d’avoir un impact fâcheux sur des opérations futures, dans le sens qu’elle pouvait dissuader des candidats à ce type d’opération de s’engager de peur de voir leur couverture dévoilée. L’affaire a semble-t-il aussi tendu les relations entre la CIA et le MI6.

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