Le président américain Barack Obama a affirmé lundi que la Chine et les Etats-Unis «n’avaient pas à être des adversaires», tout en insistant sur la liberté d’expression, de culte et d’information, y compris en Chine, lors d’un discours à Shanghai (est), annoncé par la Maison Blanche.

Détendu et souriant, M. Obama s’est adressé à des étudiants triés sur le volet, avant de répondre à leurs questions ou à celles d’internautes, au lendemain de son arrivée en Chine pour la première visite de son mandat. Un format tranchant avec le protocole mais qui s’est inspiré des meetings qu’il avait organisés en 2008 durant sa campagne électorale.

Cependant, si des discours précédents de présidents américains avaient eu l’honneur d’être retransmis à la télévision nationale, celui de M. Obama ne l’a été que par la télévision de Shanghai. Et avec le léger décalage qui peut permettre aux censeurs d’intervenir.

Le site internet de l’agence officielle Chine Nouvelle s’est contenté d’un compte rendu écrit, mais n’a apparemment pas été censuré, ce qui n’a pas été le cas de tous les portails chinois.

Les droits de l’homme, de la presse et des minorités

La «Chine et les Etats-Unis n’ont pas à être des adversaires», a dit Barack Obama, expliquant que des bonnes relations bilatérales pourraient apporter la «prospérité et la paix dans le monde».

«Les libertés d’expression et de culte et l’accès à l’information, sont, nous le pensons, des droits universels», a-t-il poursuivi devant quelques dizaines d’étudiants des plus grandes universités de la capitale économique de Chine. «Ils devraient être accessibles à tous, y compris aux minorités ethniques et religieuses, que ce soit aux Etats-Unis, en Chine, ou ailleurs» a dit M. Obama, se déplaçant sur une estrade où étaient assis des étudiants devant des drapeaux chinois et américain.

Avant sa visite, certains observateurs ou organisations avaient redouté qu’il ne sacrifie la défense des droits de l’Homme sur l’autel des grands dossiers comme le changement climatique ou la lutte contre la crise économique, pour lesquels les deux puissances sont de plus en plus dépendantes l’une de l’autre.

Le président américain a aussi plaidé pour un internet sans censure, alors que la Chine maintient une vigilance extrême sur la Toile, censurant Facebook ou Twitter.

«J’ai toujours été un partisan fervent de l’internet. Je suis un partisan farouche de l’absence de censure», a-t-il expliqué, répondant à une question d’un internaute soumise par l’ambassadeur des Etats-Unis en Chine où il était question du «Great Firewall», comme est surnommé le système de filtrage chinois (jeu de mots reprenant Muraille de Chine et firewall, «parefeu»).

M. Obama, arrivé tard dimanche à Shanghai --vitrine de la fabuleuse croissance économique chinoise depuis l’ouverture-- pour une visite jusqu’à mercredi en Chine, a également rendu hommage à la Chine «majestueuse» .

Il était attendu à Pékin dans l’après-midi pour un premier entretien politique avec le président Hu Jintao, et le quartier où il passera deux nuits a été hermétiquement bouclé par la police.

Le voyage en Chine de M. Obama est vu comme le point fort de sa tournée asiatique d’une semaine qui l’aura conduit de Tokyo à Singapour (sommet du Forum Asie-Pacifique), Shanghai, Pékin, avant Séoul.

M. Obama a insisté dans un discours à Tokyo sur le fait qu’il voulait montrer à Pékin que Washington était non pas le rival mais le partenaire d’une Chine à la puissance de plus en plus affirmée.

Ses entretiens dans la capitale devraient porter sur des grands dossiers complexes et parfois de contentieux: climat avant la conférence de Copenhague, différends commerciaux, niveau du yuan, prolifération nucléaire en Corée du Nord et Iran et droits de l’Homme.

Les Pékinois attendaient avec impatience le président américain, très populaire en raison de son charisme.