Iran

«Obama doit choisir entre le peuple iranien et ses dirigeants»

Retour sur le durcissement du ton de Barack Obama vis-à-vis des dirigeants iraniens lors de sa conférence de presse hier soir à la Maison Blanche.

Steven Ekovich est professeur de politique comparative et internationale à l’Université américaine de Paris, auteur de nombreux livres sur les Etats-Unis.

Le Temps: Comment expliquez-vous ce changement de ton du président américain, en raison des critiques de sa prudence, ou de l’évolution de la situation?

Steven Ekovich: Il faut d’abord noter que c’est surtout le ton des questions des journalistes qui a changé, pour la première fois ils lui ont posé de vraies questions, pas dans la douceur… Sur le fond, Barack Obama suit l’opinion publique internationale. Il fait face à un dilemme, il voudrait parler et au peuple iranien, et à ses dirigeants; mais l’écart se creuse entre les deux et cela devient très dur. Barack Obama espère toujours des concessions de la part de Téhéran sur l’armement nucléaire. Mais il va devoir négocier avec un régime terni, cela lui sera encore plus difficile. Il ne peut pas donner l’impression de légitimer un pouvoir qui est en train de perdre sa légitimité, il est coincé.

La communauté iranienne attendait beaucoup de Barack Obama après sa main tendue lors du Nouvel an iranien, et après son discours du Caire où il a mentionné l’implication des Américains dans l’affaire Mossadegh. Ne peut-elle pas être légitimement déçue?

– La prudence de Barack Obama est dictée par le réalisme. Il lui a été reproché d’avoir minimisé les différences entre le président Ahmadinejad et son challenger Moussavi. C’est peut-être vrai mais dans sa position il n’aurait pas dû le dire! C’est le paradoxe de la politique étrangère américaine: depuis que les néoconservateurs ont endossé des idéaux démocratiques qu’ils ont voulu faire appliquer, même avec des méthodes musclées, les démocrates pour se démarquer de George W. Bush doivent être réalistes. C’est d’ailleurs cette raison qui explique que les conservateurs sont contents de la politique étrangère de Barack Obama, pour l’instant pas très différente dans ses actions de celle de son prédécesseur, même si le style, lui, est différent.

La politique américaine rencontre des blocages aussi en Israël, qui refuse de renoncer à la colonisation. Il n’y aura donc pas de rencontre à Paris entre l’envoyé américain George Mitchell et le Premier ministre Benyamin Netanyahou. A l’opposé, Washington s’apprête à envoyer un ambassadeur en Syrie. Barack Obama va-t-il parvenir à redessiner le Proche-Orient?

– Barack Obama est un homme de discours, il a déjà réussi à changer la perception diplomatique des Etats-Unis, c’est très important. Mais la Syrie est le seul pays pour lequel il y a vraiment du changement. Son équipe y voit une clé pour le Proche-Orient. La Syrie étant le seul allié de l’Iran, la stratégie est de créer une distance entre les deux pays. Les alliés objectifs dans cette histoire sont tous les pays arabes et Israël: personne ne souhaite un Iran doté de l’arme nucléaire. Un «décrochage» entre la Syrie et l’lran pourrait aussi avoir des conséquences sur le Hezbollah, et donc au Liban et dans les Territoires occupés.

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