Quatre ans après son élection historique, une stabilisation de l’économie et une réforme de la santé imposée de haute lutte, Barack Obama entame aujourd’hui son second mandat. Fort de sondages favorables, le premier président noir des Etats-Unis est confiant. Ami de longue date de Barack Obama, Tom Balanoff le confie au Soir: «Il a longtemps essayé de trouver le consensus durant son premier mandat. Il a appris la leçon. Il est désormais beaucoup plus offensif. Et sa réélection va au-delà de la question raciale. Elle prouve que les Américains lui font confiance en tant que leader.»

Les défis qui l’attendent sont pourtant de taille. L’Amérique reste engluée dans un conflit budgétaire qui paraît sans fin. La Maison-Blanche a certes réussi à tenir sa promesse taxer davantage les Américains les plus fortunés en augmentant de 35 à 39% leur taux d’imposition maximal. Mais cette victoire budgétaire n’est que provisoire, les républicains du Congrès n’ayant accepté de relever le plafond de la dette que pour trois mois. La falaise fiscale n’est par ailleurs pas totalement écartée. Des négociations pour atténuer un plan d’austérité brutale et automatique susceptible de provoquer une nouvelle récession devront encore être menées en avril. Pour Barack Obama, cette bataille risque de lui coûter du capital politique et d’influer négativement sur son second mandat.

Preuve qu’il est plus à l’aise dans ses bottes de président, Barack Obama a choisi un cabinet davantage à son image, suscitant des réactions contrastées. Pragmatique, il a renoncé à nommer son amie Susan Rice au Département d’Etat, sachant que celle-ci aurait eu beaucoup de peine à être confirmée par le Sénat, mais a en revanche affirmé avec autorité son choix du républicain Chuck Hagel à la tête du Pentagone. Un ministre de la Défense qui sera chargé d’opérer des coupes dans le budget militaire et d’organiser le retrait des troupes d’Afghanistan. En nommant son chef de cabinet Jack Lew au Trésor pour remplacer Timothy Geithner ou encore le sénateur John Kerry au Département d’Etat, il a opté non pas pour l’audace, mais la stabilité.

Au vu des dossiers difficiles qui l’attendent, la stratégie de la stabilité est sans doute sage. Un faux pas d’entrée et les espoirs de laisser une trace dans l’Histoire s’évanouissent. C’est ce que Washington appelle le «second-term curse», la malédiction du second mandat. Elle avait coûté cher à Richard Nixon que le scandale du Watergate avait poussé à la démission. Elle avait restreint le rayonnement de Ronald Reagan impliqué dans l’affaire des Contra et des livraisons d’armes à l’Iran, mais aussi de Bill Clinton menacé de destitution en raison de l’affaire Monica Lewinsky ou encore de George Bush fils, incapable de prendre la mesure du désastre provoqué par l’ouragan Katrina. Pour les quatre ans à venir, Barack Obama est très attendu sur la réforme de la fiscalité. Les Etats-Unis ont un code fiscal arbitraire autorisant des déductions d’impôts aujourd’hui injustifiées. Des avancées dans ce domaine seront cruciales si le démocrate entend réduire les inégalités de revenus qui menacent la cohésion du pays.

La tragédie de Newtown, où 20 enfants en bas âge ont été massacrés lors d’une fusillade, a aussi changé l’agenda de Barack Obama. La semaine dernière, son administration a pris des mesures audacieuses, bien que risquées, pour durcir le contrôle des armes à feu. La difficulté consistera à convaincre un Congrès très rétif en s’appuyant sur le peuple américain fatigué des carnages à répétition.

«Barack Obama a des arguments. Il est honnête, progressiste et a des principes», poursuit son ami Tom Balanoff. Une garantie de succès? La politique d’immigration aura peut-être plus de chance de passer la rampe tant les deux camps ont un intérêt à la réformer. Le 6 novembre dernier, le président démocrate a remporté le vote hispanique avec 44 points d’avance sur son rival républicain Mitt Romney. La communauté des Latinos a déjà fait savoir qu’elle attendait la réforme globale que Barack Obama avait déjà promise au début de son premier mandat. Il est notamment question d’offrir aux 11 millions de sans-papiers une voie vers la citoyenneté et d’assouplir la politique de renvois qui prévoit d’expulser 400 000 clandestins par an. L’énergie est aussi un secteur fondamental. Les Etats-Unis vont sans doute supplanter l’Arabie saoudite en 2020 en tant que premier producteur mondial de pétrole. L’exploitation des gaz de schiste a créé un boom du gaz naturel. A cet égard, le président démocrate pourrait, disent les experts, rapprocher l’Amérique de l’autosuffisance énergétique et jouer un rôle nouveau sur la scène internationale. Quant aux infrastructures, Barack Obama a bien tenté de les moderniser en partie grâce au plan de relance, mais sans grand succès. 70 000 ponts sont mal en point, 4000 barrages nécessitent des réparations et le réseau électrique est obsolète.

Les défis sont tout aussi grands sur le front extérieur. La guerre en Syrie et le programme nucléaire iranien constituent un vrai casse-tête pour l’Amérique d’Obama. La montée de la Chine ou les instables puissances nucléaires pakistanaise et nord-coréenne sont également des sources de vives inquiétudes. Le retrait d’Afghanistan après plus d’une décennie de guerre sera une phase délicate. Quant au conflit israélo-palestinien, avec un nouveau gouvernement israélien très à droite, le président Obama risque d’avoir très peu de levier pour changer la donne.