revue de presse

Obama fait «le grand écart» à Pékin

La visite du président américain à son homologue chinois est hautement symbolique. Mais au-delà des traditionnels tabous, la presse s’interroge sur ce partenariat qui pèse lourd. En lui-même et sur le reste du monde, puisque les déclarations se multiplient ce matin, à propos de l’Iran, de la Corée du Nord, du climat, du dalaï-lama…

Le président américain Barack Obama et son homologue chinois Hu Jintao se sont retrouvés ce mardi matin à Pékin pour leur premier entretien bilatéral, marquant le début des discussions politiques après une courte escale à Shanghai. Et c’est, déjà, le déluge des bonnes intentions qui nous parviennent de l’Empire du Milieu: le président américain est «pour un renouement rapide du dialogue avec le dalaï-lama»; les deux pays réaffirment leur soutien à une reprise des négociations à Six, abandonnées en avril par Pyongyang, sur le nucléaire nord-coréen, que le président américain Barack Obama souhaite réengager «dès que possible»; ce dernier veut aussi, en accord avec Pékin, un accord «avec effet immédiat» à la prochaine Conférence de Copenhague sur le climat mondial; enfin, Washington et Pékin ont averti l’Iran que ce pays devrait assumer «les conséquences» d’un blocage sur la question de son programme nucléaire.

Une cérémonie d’accueil a auparavant eu lieu au Palais du peuple, sur la place Tiananmen, lors de laquelle les hymnes des deux puissances mondiales ont été joués et les délégations présentées à chaque président, selon les images retransmises par la télévision chinoise, notamment CCTV 9, la chaîne anglophone. Des images qui montrent bien «le grand écart» fait par Obama «pour séduire le plus grand nombre», selon Le Parisien: «Il s’est fait agneau devant les officiels du Parti communiste alors que, le matin, il était plus mordant devant les étudiants de Shanghai», moments dont on peut voir quelques extraits filmés par la chaîne CBS, via YouTube.

Ce mardi matin, les médias officiels chinois saluent les déclarations faites à Shanghai sur les relations sino-américaines. Ils ignorent totalement, en revanche, les propos sur les droits de l’homme. D’ailleurs, relève Libération, «l’Américain a tout fait pour éviter de froisser son indispensable partenaire». «Obama réaffirme qu’il ne fera pas pression sur la Chine», écrit le Global Times, filiale du Quotidien du peuple et reflet du néonationalisme chinois. Quant au China Daily, quotidien en anglais destiné à une audience étrangère, il souligne qu’Obama a souhaité que les deux grandes puissances, acteurs majeurs des défis mondiaux au XXIe siècle, ne soient pas des adversaires: «Il y a de la place pour nous deux.»

Dans une intéressante analyse, Le Monde se demande «comment vont évoluer les rapports entre la Chine et les Etats-Unis – qualifiés un peu hâtivement par certains de «G2», tant leur poids cumulé écrase le reste du monde – sous l’administration du président Obama». Et «s’il y avait un premier bilan à tirer de la relation sino-américaine», écrit le quotidien français, «il faudrait souligner que les craintes chinoises, liées à l’élection d’un président réputé plus exigeant sur les droits de l’homme, se sont avérées à ce jour infondées».

Pour la Tribune de Genève et 24 Heures, ce partenariat «pèse lourd». Car «quand la première économie du monde – les Etats-Unis – traite avec sa future dauphine – la Chine – les chiffres donnent le vertige. En 2008, les échanges commerciaux entre les deux pays ont dépassé les 400 milliards de dollars.» Mais Paul Krugman, dans sa revigorante chronique hébergée par la RTBF, ne se fait guère d’illusions: «Quand un chef d’Etat se déplace à l’étranger, il s’agit avant tout d’un geste symbolique. Personne n’attend de Barack Obama qu’il revienne de Chine avec de nouveaux accords majeurs, en politique économique ou autre. Mais espérons que loin des caméras, Obama et ses hôtes aient une discussion franche sur la politique monétaire.»

«Durant ce voyage, écrit pour sa part le Wall Street Journal, il n’est pas prévu de céder sur les principaux accords de fond.» On est dans l’ordre du «symbolique», relève le quotidien de la finance. Les deux pays auront de la difficulté «à s’accorder sur la meilleure façon de combattre la récession mondiale», analyse de son côté le Los Angeles Times: «Obama a appelé à la «croissance équilibrée», ce qui signifie qu’il veut que la Chine réduise sa dépendance vis-à-vis des exportations et accroisse sa consommation.»

Publicité