Sommet de l’otan

Obama et l’impossible équation afghane

A Chicago, le président américain reçoit une cinquantaine de dirigeants du monde entier. Il doit convaincre ses alliés de ne pas abandonner l’Afghanistan précipitamment alors que l’Amérique n’a pas une stratégie très claire

Que faire avec l’Afghanistan? Réunis depuis dimanche soir à Chicago lors du premier sommet de l’OTAN à se tenir sur sol américain depuis plus d’une décennie, une cinquantaine de dirigeants du monde entier, dont ceux des 28 Etats membres de l’Alliance atlantique, tentent d’apporter une réponse satisfaisante à une question complexe.

Pour Barack Obama, l’enjeu est énorme. En pleine campagne électorale, le président américain doit prouver qu’il est capable de convaincre les alliés de l’Amérique de ne pas solder la guerre en Afghanistan. A Chicago dimanche matin, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a d’emblée voulu rassurer: «Il n’y aura pas de retrait précipité. Nous resterons engagés en Afghanistan jusqu’au succès de l’opération.»

Le Danois a relativisé la décision du nouveau chef d’Etat François Hollande de retirer les troupes combattantes françaises à la fin 2012, estimant que cela s’inscrivait en fin de comte dans le cadre du retrait progressif de l’OTAN du champ de guerre afghan.

La tâche de la Maison-Blanche relève de la gageure tant les Etats-Unis peinent à dégager une stratégie convaincante. De plus, l’opinion publique américaine est lassée du conflit afghan. Selon un récent sondage, 63% des Américains se disent opposés à la présence de GI en Afghanistan alors que 33% y sont favorables.

Le président américain a lui-même opéré un virage à 180 degrés en l’espace de deux ans, passant du concept de guerre juste et inévitable pour anéantir les talibans et Al-Qaida au constat que le conflit ne peut être gagné. Ayant approuvé à reculons l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, Barack Obama s’est vite rendu compte que l’ambition de remodeler l’Afghanistan était une illusion et que la durée de la présence américaine sur sol afghan ne serait pas déterminante. Al-Qaida étant très affaibli, les talibans écartés du pouvoir et Oussama ben Laden tué, Barack Obama a beau jeu de considérer que les objectifs minimaux en Afghanistan ont été atteints. Cette manière de solder le cas afghan a permis à la Maison-Blanche de changer de priorité et de faire du Pakistan, puissance nucléaire où les islamistes gagnent du terrain, la nouvelle cible privilégiée.

Aujourd’hui, forte de l’expérience afghane, l’administration Obama a adopté ce que le New York Times appelle la «light footprint strategy», une implication dans les conflits de la planète de façon distante et relativement brève. C’est ce que certains experts appellent la «doctrine Obama», qui apparaît de la façon la plus visible dans l’utilisation massive de drones dans les zones tribales du Pakistan pour traquer des responsables d’Al-Qaida ou des talibans.

Pour l’Afghanistan, pas de révolution. Selon la Maison-Blanche, il suffit de faire ce qui est «good enough (suffisant)» pour les Afghans, un euphémisme pour partir sans donner l’impression d’un échec.

A Chicago, les Etats-Unis doivent aussi relever un autre défi: celui du financement de la transition. Si pour l’heure 130 000 soldats de la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) sont toujours déployés en Afghanistan, ils devraient opérer un retrait progressif d’ici à la fin 2014 pour confier intégralement le contrôle du pays à l’Armée nationale afghane et à la Police nationale. Les responsables de l’ISAF imaginaient que, après le retrait, les forces afghanes auraient des effectifs de 350 000 soldats et policiers. Ces chiffres sont revus à la baisse en raison des coûts exorbitants. Le budget pour assurer le travail des forces afghanes représente huit fois le revenu annuel du gouvernement de Kaboul.

Avant Chicago, les Etats membres de l’OTAN semblaient s’accorder pour que les Etats-Unis assument un tiers de la facture totale, soit 2 milliards de dollars par an. Pour le président afghan, Hamid Karzaï, qui a rencontré Barack Obama à Chicago peu avant le sommet, c’est clairement insuffisant. Quant aux Européens, englués dans la crise de l’euro, ils pourraient rechigner à passer à la caisse. Depuis 1991, leur part dans les dépenses de l’OTAN est passée d’un tiers à un cinquième du total.

«Good enough (suffisant)», un euphémisme pour partir sans donner l’impression d’un échec

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