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Ailene, 29 ans, pose pour le photographe à la Havane, avant la venue dimanche du président Barack Obama.
© ENRIQUE DE LA OSA

Amériques

«Obama doit parler aux Cubains, pas seulement aux généraux»

Barack Obama entamera dimanche un voyage historique à Cuba. La dissidente Rosa Maria Paya milite pour un changement de pouvoir et attend un geste du président américain envers la société civile

Barack Obama débutera dimanche un voyage à Cuba, le premier sur l’île depuis près de 90 ans pour un président américain en exercice. Après un entretien avec Raúl Castro (il ne rencontrera pas son frère Fidel), il prononcera mardi un discours retransmis à la radio et à la télévision. Les deux pays ont entamé un rapprochement en décembre 2014, puis rétabli des relations diplomatiques l’été dernier.

Fille de l’opposant Oswaldo Paya (décédé dans un accident de voiture en 2012 dans des circonstances mal élucidées), Rosa Maria Paya a repris sa lutte pour la démocratisation du régime. Elle demande notamment la tenue d’un référendum pour une transformation du pouvoir politique («Cuba décide»). Mardi, elle intervenait devant le Conseil des droits de l’homme. Son discours a été interrompu à trois reprises par le représentant cubain (soutenu par la Chine, la Russie, la Corée du Nord, l’Arabie saoudite ou encore le Venezuela). Les Etats-Unis, l’Union européenne et la Suisse ont défendu son droit à la parole, finalement confirmé par le président du Conseil.


Rosa Maria Paya s’était exprimée quelques jours plus tôt au Sommet pour les droits de l’homme et la démocratie organisé par l’ONG UNWatch. Entretien.

– Le président Obama veut rencontrer la société civile à Cuba. Serez-vous au rendez-vous?

– J’ai été contactée. Je voudrais que l’administration américaine s’engage avec les Cubains ordinaires et non les généraux au pouvoir. Il y a une différence entre établir une relation avec le gouvernement cubain et le changement démocratique à Cuba. C’est bien de renforcer les relations, comme le font l’UE ou les USA. Mais attention. Depuis l’annonce de décembre 2014, le monde pense que Cuba a changé, que l’île se démocratise. C’est ainsi qu’on a vendu l’histoire. Ce n’est pas la réalité. Ce qui a changé, c’est la politique étrangère des pays étrangers. Mais la situation à Cuba reste la même ou empire. La répression a en réalité augmenté durant l’année écoulée.

– Il y a plus d’arrestations?

– Plus d’arrestations, plus de violence dans la rue contre les personnes qui expriment leur opinion, plus d’émigration. Il y a on ne sait combien de victimes dans cette fuite. Il y a davantage de manifestations de mécontentement.

– Avez-vous été menacée?

– Oui. Chaque fois que je quitte l’île, je suis persécutée par la sécurité d’État, y compris chez moi.

– Comment expliquer ce durcissement?

– Ce qui est évident pour les Cubains ne l’est pas pour le reste du monde. Le problème des Cubains ce ne sont pas les Etats-Unis, ni la politique de quelque pays que ce soit. Le drame des Cubains c’est qu’ils ont le même régime depuis 57 ans et que rien ne change.

– Il y a bien des réformes.

– Oui, mais cela ne veut pas dire que cela s’améliore ou que cela se démocratise. Il y a de nouveaux mécanismes de contrôle. Nous n’avons toujours pas le droit de voyager hors de l’île. Les permis de sortie ont été annulés, mais pour obtenir un passeport il faut remplir des conditions. Ils ont décidé de laisser davantage de Cubains sortir et entrer, mais c’est toujours une permission, un privilège, c’est très différent d’un droit. C’est la même chose avec le petit commerce. Le gouvernement tolère des licences pour faire du business, mais leur obtention est un privilège. Ceux qui ont ces permis, ces privilèges, sont encore plus vulnérables.

– Que répondez-vous à ceux qui pensent, à Cuba et hors de l’île, qu’il ne faut pas que les choses changent trop vite, sans quoi il y aurait un risque que Cuba soit à nouveau un satellite des Etats-Unis?

– C’est une vision raciste. Les Cubains, comme les habitants d’Amérique centrale, comme les Européens, méritent de jouir de tous leurs droits. Nous n’avons pas besoin d’une certaine dose de droit seulement. Devons-nous attendre pour bénéficier des droits de l’homme? Non!

– Ne voyez-vous aucun changement sur le plan institutionnel?

– La question n’est pas de savoir ce que je vois ou pas. Il n’y aucune institution libre à Cuba. L’éducation et la santé à Cuba se sont effondrées il y a déjà des années de cela. Pour reconstruire notre système, nous avons besoin des libertés de base. Les Cubains ont la capacité de le faire, mais ils ont besoin des outils pour le faire, et ces outils sont garantis quand on a des droits.

– Le pape était à Cuba il y a peu. S’est-il adressé aux Cubains?

– Pas que je sache. S’il n’a rien dit de public c’est que ce n’était pas pour le peuple.

– Vous craignez que le déplacement d’Obama soit du même registre?

– Cela dépendra de son attitude. S’il décide de soutenir le peuple cubain, alors il devra dire quelque chose sur son droit de décider, sur notre référendum.

– Entre Fidel et Raúl Castro, n’y a-t-il aucune différence?

- L’important n’est pas la métamorphose qu’ils sont prêts à faire afin de rester au pouvoir. Bien sûr, ils ont évolué d’un communisme sauvage vers un Etat corporatiste et militaire. Ils ont étudié la Chine et l’Ouzbekistan ou tout autre modèle alternatif à la démocratie. Ils sont prêts à mettre en œuvre l’un de ces modèles ou un mélange. Mais ce dont je parle c’est de décision démocratique. Cela ne va pas arriver si notre unique référence est la famille Castro et le même groupe de gens qui sont au pouvoir depuis 57 ans.

– Des millions de touristes vont se déverser vers Cuba. Cela peut-il aider au changement?

– Cela ne change rien à ce qui se passe depuis 20 ans. «Mojitos» et «Cuba libre» ne vont pas changer Cuba. Tout le monde peut voyager chez nous, mais s’il vous plaît ne dites pas que c’est la démocratisation de l’île. Ce qui doit changer, c’est la loi, la reconnaissance des droits de l’homme pour les Cubains. Le reste du monde peut soutenir le droit de décider du peuple cubain, en soutenant la réalisation de notre plébiscite. Comme le Chili l’a fait l’an dernier, comme la Bolivie il y a quelques jours. Ils ont montré qu’ils pouvaient décider du futur de leur pays. Les Cubains n’y ont pas droit.

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