Si ce n’est pas la mort du sommet de Copenhague sur le climat, cela y ressemble fort. Lors d’un petit déjeuner hâtivement organisé dimanche par le président mexicain Felipe Calderon et le premier ministre australien Kevin Rudd, en marge du sommet du Forum Asie-Pacifique (Apec) à Singapour, le président américain Barack Obama, son homologue chinois Hu Jintao, une vingtaine de chefs d’Etat asiatiques et le premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen ont renoncé à tout objectif légalement contraignant issu de Copenhague – en particulier celui de réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, qui figurait jusqu’ici dans les projets.

«Il est irréaliste d’attendre qu’un accord international complet, légalement contraignant, soit négocié d’ici au début du sommet, fixé dans 22 jours», a déclaré Michael Froman, vice-conseiller américain aux Affaires économiques internationales. «Le facteur temps et la situation de certains pays nous obligent à nous concentrer sur ce qui est possible et ne pas nous laisser distraire par ce qui ne l’est pas», a ajouté Lars Lokke Rasmussen.

Les chefs d’Etat et de gouvernement réunis en marge de l’APEC considèrent Copenhague comme une étape et non plus comme un but. D’ores et déjà, l’idée d’un nouveau sommet est avancée, peut-être à Mexico.

Les chances d’un accord ambitieux à Copenhague s’étaient réduites comme peau de chagrin à cause de l’opposition entre pays développés et pays en développement, et du retard pris par les Etats-Unis à adopter une loi sur le climat. Les déclarations de ce week-end à Singapour sont marquées du sceau du réalisme.

Mais la manière a quelque chose d’extraordinairement cavalier – pour ne pas dire plus – vis-à-vis des autres Etats (192 seront représentés à Copenhague) qui s’engagent à lutter contre le réchauffement climatique.

Pas plus tard que samedi, le président français Nicolas Sarkozy et son homologue Luiz Inacio Lula da Silva signaient à Paris un texte commun pour la conférence de Copenhague, espérant rallier le plus grand nombre de pays autour de leur position. Ils réclament la réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. «Nous n’accepterons pas un accord au rabais», a affirmé le président français.

L’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de 20, voire 30% d’ici à 2020 et demande une diminution de 80 à 90% pour les pays riches d’ici à 2050. Le Brésil a fait savoir la semaine dernière qu’il réduira ses émissions de 40% environ d’ici à 2020.

Face à cette détermination, les Etats-Unis, l’Australie, le Mexique et les pays asiatiques ont formé une puissante «coalition des traînards» qui a toutes les chances de gagner. Le plus dur à expliquer dans le coup de force de ce week-end est l’empressement du premier ministre danois, qu’on imaginait au moins neutre sur la question, à se rendre à Singapour pour bénir une solution au rabais qui n’honore pas son pays.