La formule du président John Kennedy est restée célèbre: Ich bin ein Berliner, disait-il en 1963, en démolissant symboliquement le mur qui traversait la capitale allemande. Jeudi, à l’Université du Caire, au cœur du monde arabe, Barack Hussein Obama fera sans doute écho à cette formule en tentant de démolir un autre mur. «Je suis en partie un musulman», pourra dire en substance ce président grandi en Indonésie et dont une partie de la famille est musulmane.

En janvier dernier, Barack Obama avait choisi une chaîne de télévision arabe pour donner sa première interview en tant que président. Depuis lors, en Turquie ou par le biais d’Internet, il a multiplié les adresses à l’égard du monde musulman pour essayer de réparer les relations entre les Etats-Unis et cette partie du monde gravement mise à mal à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Du retrait annoncé des troupes américaines d’Irak à la fermeture de Guantanamo, la préoccupation de se réconcilier avec les musulmans a été constante au fil des premiers mois de sa présidence.

Le terrain a donc été bien préparé. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, ce serait le nouveau ton qu’emploie ces derniers jours l’administration Obama à l’égard de l’allié israélien. «Il y a eu des moments où nous n’avons pas été suffisamment honnêtes» avec Israël, disait le week-end passé le président sur la radio publique américaine, en ajoutant: «La trajectoire actuelle dans la région est profondément négative, non seulement pour les intérêts d’Israël mais aussi pour ceux des Etats-Unis.»

De fait, les relations sont aujourd’hui à couteaux tirés entre les dirigeants israéliens et la Maison-Blanche. Depuis la visite à Washington du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le mois dernier, ses ministres ne cessent de répéter sur tous les tons qu’ils ne comptent pas obéir aux injonctions américaines de mettre fin au processus de colonisation de la Cisjordanie et de la partie arabe de Jérusalem. «Les Etats-Unis doivent s’en tenir à ce qu’ils disent, commentait à ce propos Obama au cours de la même interview. Il est important pour nous d’être clairs sur ce qui, de notre point de vue, conduira à la paix.»

Ce changement de ton n’est pas passé inaperçu aux Etats-Unis. La semaine dernière, l’AIPAC, le principal groupe de pression pro-israélien à Washington, a fait circuler une pétition qui a été signée par 329 membres du Congrès. Les éventuels différends avec Israël, note ce texte, doivent se régler de manière privée, derrière des portes fermées et non pas déboucher sur des pressions publiques.

Toutefois, ces déclarations de l’administration Obama seront-elles suffisantes? Le gel des colonies israéliennes, en réalité, est une exigence formulée depuis longtemps par les Etats-Unis. Elle avait même conduit à l’imposition de sanctions contre Israël sous la présidence de George Bush senior et avait été reprise à son compte par son fils, puisqu’elle avait été intégrée dans la Feuille de route, un document diplomatique approuvé en 2003 par les Etats-Unis.

Dans d’autres interviews, Barack Obama a pour l’instant écarté l’idée d’éventuelles sanctions contre les Israéliens. Il en appelle à la «patience». «La diplomatie est toujours affaire de longue haleine, expliquait-il à la BBC britannique. Elle ne donne jamais de résultats rapides.» Même si la rumeur ne cesse de se propager en Israël, le président américain n’a pas évoqué une seule fois publiquement la possibilité de réunir une large conférence internationale qui viserait à relancer l’ensemble du processus de paix dans la région, à l’image de la conférence de Madrid qui s’était tenue en 1991.

Malgré les énormes attentes que soulève sa visite au Proche-Orient, Obama semble donc décidé à maintenir le cap du «réalisme politique» dont il ne s’est en vérité guère écarté jusqu’ici en matière de politique internationale. Avant d’arriver au Caire, il fera une étape ce mercredi en Arabie saoudite, visant sans doute à rassurer son allié au sujet de la fermeté américaine à l’égard de l’Iran.

De même, au désespoir des organisations de défense des droits de l’homme, le président ne devrait pas s’attarder sur le caractère autoritaire du régime de Hosni Moubarak, son amphitryon égyptien. «Le rôle des Etats-Unis n’est pas de sermonner, mais d’encourager», expliquait à ce propos Barack Obama en semblant ainsi vouloir se démarquer de la politique de son prédécesseur, mais reprenant à son compte une formule que n’aurait pas reniée George Bush: «Je pense que le président Moubarak a été une force de stabilité. Et cela est positif dans la région.»

La préoccupation de se réconcilier avec les musulmans a été constante au fil du début de sa présidence