Crédité de 8 points d'avance à quatorze jours du scrutin, Barack Obama peut-il, pour autant, crier victoire? «Un imprévu est encore possible. Les experts s'accordent pour dire que la seule chose qui pourrait changer la donne serait une attaque terroriste ou un événement majeur au Moyen-Orient», note David Sylvan, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement, à Genève. Si John McCain paraît plus expérimenté concernant les affaires de défense et de sécurité, il n'inspire pourtant plus la même confiance. «Parce que derrière lui, il y a (Sarah) Palin, souligne Nicole Bacharan, auteure du Petit livre des élections américaines (Ed. du Panama). Celle qui serait appelée à présider le pays en cas de décès du républicain ne rassure pas du tout sur ce dossier.»

Dans la série des potentielles October surprises, les politologues mentionnent encore une révélation scabreuse sur Obama ou son clan. Les équipes de campagne décochant leurs flèches depuis plus d'une année, il semble improbable qu'un lièvre ait été oublié. «Et quand bien même, les Américains paraissent désormais uniquement préoccupés par la crise financière», relativise Jussi Hanhimäki, spécialiste des Etats-Unis.

Facteur racial

Hormis un assassinat de Barack Obama - que certains partisans de John McCain invoquent à chaque meeting - reste donc la fiabilité des sondages. Nombre de personnes interrogées se disent prêtes à élire un candidat noir afin de ne pas être taxées de racisme, mais ne le feront pas. «Les sondeurs estiment que ce mensonge peut faire une différence de six points, or Obama a 8points d'avance, arguë Nicole Bacharan. Ils introduisent un correctif dans leurs résultats, mais il est compliqué de savoir s'ils surévaluent ou s'ils minimisent le problème car il n'y a pas d'élection de référence.» On cite souvent l'«effet Bradley», du nom de ce candidat noir au poste de gouverneur de Californie donné vainqueur dans les sondages et battu en 1982. «Il est difficile de comparer 1982 et 2008, une élection locale et un scrutin national. Bradley, par ailleurs, venait d'annoncer une initiative impopulaire sur le port d'armes», tempère Nicole Bacharan.

Le racisme a aussi ses limites. Une anecdote circule aux Etats-Unis: un enquêteur sonne à une porte et demande à la femme qui ouvre pour qui elle va voter, celle-ci se tourne vers son mari et lui pose la question, il répond: «Nous voterons pour le négro.»

La victoire, dès lors, semble très proche pour le camp démocrate, d'autant qu'un tiers des citoyens aura déjà voté le 4 novembre, qu'il y a très peu d'indécis et que Barack Obama est aussi donné gagnant dans les swing states, ou Etats-clé. «Mais elle risque de ne pas être si nette que le disent les sondages», affirme Michael Cox, spécialisé en politique américaine. «L'avance d'Obama va s'effriter dans les jours à venir, poursuit David Sylvan. McCain n'est pas très populaire à la base de son parti, mais les républicains sont en train de paniquer. Ceux qui s'étaient éloignés vont rentrer à la maison.» Le pays connaît deux précédents à l'échelle nationale: en 1948, Harry Truman est élu par surprise. En 1980, Jimmy Carter est battu alors qu'il mène dans les sondages. En cause: un très mauvais débat et une crise d'otages... en Iran.