Ils sont venus des quatre coins des Etats-Unis pour assister à l’investiture du président des Etats-Unis. Sous un soleil matinal chaleureux, puis froid et voilé, quelque 600 000 Américains se sont rassemblés sur le National Mall de Washington pour célébrer le second mandat du démocrate Barack Obama à la Maison-Blanche. Gwen Salley, Afro-Américaine de 53 ans, a l’esprit enjoué. Elle est venue de Charlotte, en Caroline du Nord, vendredi déjà pour profiter de la belle énergie de cet événement. «Ce soir, je vais aller à un bal. Avec des amis, nous avons profité de ce moment historique nous retrouver ensemble pendant quelques jours.»

Pour Gwen Salley, ce 21 janvier était particulier: jour de la seconde investiture du premier président noir de l’Histoire des Etats-Unis et jour (férié) de commémoration de la naissance du révérend Martin Luther King qui, voici 50 ans, marchait sur Washington pour prononcer son discours «I have a dream.» «J’avais 8 ans quand Martin Luther King est mort. J’en ai 53 et nous avons un président afro-américain. J’ai envie de dire à tous les petits Américains. Ici tout est possible.» Sa réélection fut-elle une surprise? «Non, relève Gwen Salley. Les Américains voient en Barack Obama un président qui agit au-delà des frontières de couleur, de religion, de sexe, une personne sincère qui veut le bien du pays. Il a d’ailleurs été réélu par toute l’Amérique, pas seulement par les Afro-Américains.»

Devant l’aile ouest du Capitole, peu avant la cérémonie, le Tout-Washington politique, tiré à quatre épingles, défile en bas des marches du Congrès. Quand Hillary et Bill Clinton se présentent, le National Mall s’enflamme. Quand la First Lady Michelle Obama apparaît, la foule l’ovationne. Président de l’organisation des festivités de l’investiture, le sénateur Charles Schumer a rappelé le sens de ce rituel qui prend place tous les quatre ans au cœur de Washington: une manière d’unir un peuple pour saluer les vertus de la démocratie américaine symbolisée par la statue de la Liberté trônant au sommet du Capitole, une sculpture de bronze coulée en partie par un ancien esclave.

Moins nombreuse, mais tout aussi enthousiaste, la foule a ovationné l’arrivée de Barack Obama. Pour sa seconde investiture, le 44e président des Etats-Unis a prêté serment sur deux Bibles, l’une d’Abraham Lincoln et l’autre de Martin Luther King, devant le président de la Cour suprême John Roberts. Au moment où le Congrès est plus impopulaire que jamais, Barack Obama a ponctué son allocution de «Nous, le peuple (des Etats-Unis)», reprenant à son compte le début du préambule de la Constitution. Dans un ton passionné et soulignant avec emphase un thème cher à Martin Luther King, la justice sociale, il a rappelé les vertus, mais aussi les devoirs de la démocratie américaine: «Une grande nation doit s’occuper des plus vulnérables et protéger son peuple des pires aléas de la vie.» Le discours du président était résolument progressiste, traçant le chemin qui devait encore être parcouru pour assurer aux femmes, aux homosexuels et aux immigrants les droits qui doivent leur revenir. Mais le locataire de la Maison-Blanche l’a aussi répété: «Nous ne succombons pas à la croyance que tous les maux de la société peuvent être résolus par l’Etat seul. L’esprit d’initiative et d’entreprise, le dur labeur et la responsabilité personnelle, voilà des constantes de notre caractère.»

Karen Kavahaugh, 30 ans, biologiste à la National Oceanic and Atmospheric Administration, à Washington, est forcément touchée par les questions liées au climat. Elle assistait lundi à sa seconde cérémonie d’investiture. Elle a été sensible au discours de Barack Obama. Ce dernier l’a souligné: «L’incapacité d’agir (contre le changement climatique) trahirait nos enfants et les générations futures.» Pour Karen, le président a fixé les bonnes priorités en insistant sur le développement de la science, des technologies et de l’éducation. «Il est aussi en passe de mettre fin à deux guerres. Ce n’est pas rien.»

Pour son second mandat, Gwen Salley formule un vœu: que le président soit capable de réduire le fossé séparant républicains et démocrates au Congrès. «Nous, les Américains qui travaillons, nous devons finir notre tâche avant de prendre des vacances. Les membres du Congrès devraient en faire de même.» Et Gwen de conclure: «De son premier mandat, je relèverai un point: la réforme de la santé. Il aurait pu faire mille autres choses. Mais il a mené à bien une réforme qui profite à tous. Je suis fière de lui.»

«Il est aussi en passe de mettre fin à deux guerres. Ce n’est pas rien. Je suis fière de lui»