L’Histoire bascule à nouveau. Arrivé à Hanoï dimanche soir pour la troisième visite d’un président américain après Lyndon Johnson (1967) et Bill Clinton (2000), Barack Obama s’est fait le héraut d’une ère nouvelle entre les deux pays quatre décennies après une guerre qui a fait plusieurs millions de morts civils et militaires du côté vietnamien et plus de 58 000 soldats du côté américain.

Le chef de la Maison-Blanche est arrivé dans un pays transformé dont 78% de la population disent avoir une vision positive des Etats-Unis. Aucun pays de la région n’a envoyé autant d’étudiants se former en Amérique. Le président démocrate, qui a fait du rééquilibrage de la politique étrangère (pivot vers l’Asie) l’une de ses priorités, a annoncé lundi la levée de l’embargo sur les ventes d’armes en vigueur depuis 1984. Objectif: parachever la «normalisation» des relations entre Hanoï et Washington entamée en 1994 avec la levée des sanctions économiques et un an plus tard avec le rétablissement des relations diplomatiques.

Une levée d'embargo symbolique

Les organisations de défense des droits de l’homme ont vite réagi, estimant que l’administration démocrate abandonnait sans contrepartie un levier pour faire pression sur le Vietnam dont le bilan en matière de droits de l’homme est médiocre. Barack Obama a toutefois précisé que toute livraison d’arme devrait répondre à des critères stricts, notamment en matière de respect des libertés individuelles.

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La levée de l’embargo, déjà assoupli en 2014, revêt une importance symbolique qui va bien au-delà de son impact réel. Le pouvoir vietnamien, qui a doublé son budget défense au cours des dix dernières années, va continuer à se tourner vers la Russie, un allié de la Guerre froide, pour acheter des armes moins onéreuses. Acquérir d’emblée des armes ultra-sophistiquées américaines apparaîtrait comme une vraie provocation envers Pékin. Les Etats-Unis pourraient néanmoins fournir des systèmes de défense et de surveillance pour assurer la sécurité maritime et la liberté de navigation. Des ports pourraient être ouverts à des bâtiments militaires américains de passage.

Barack Obama s’est empressé de préciser que cette nouvelle coopération ne constitue pas une réponse aux ambitions territoriales que Pékin ne cesse d’affirmer en mer de Chine du Sud. Or la construction de pistes d’atterrissage et d’installations militaires sur de petits îlots artificiels en mer de Chine méridionale agace Washington et ses alliés de l’Asie du Sud-Est. Refusant de se laisser intimider, la Marine américaine envoie régulièrement des navires militaires pour rassurer les alliés régionaux de sa présence dans la région et réaffirmer la liberté des mers.

Barack Obama continue de prôner le TPP

Pour Hanoï, il n’est pas question d’être serviteur de deux maîtres, mais l’arbitrage entre les deux grandes puissances n’est pas facile. Les Etats-Unis peuvent devenir un partenaire stratégique à défaut d’être un allié formel, mais la Chine demeure le plus grand partenaire commercial du Vietnam. L’installation en 2014 par la Chine d’une plate-forme de forage près des îles Paracels a toutefois sérieusement fâché Hanoï et provoqué des incidents en mer. Au Vietnam même où le nationalisme est marqué, ils ont provoqué de violentes manifestations anti-chinoises.

L’économie est aussi une partie cruciale de la visite présidentielle de trois jours en marge de laquelle Boeing a vendu à Vietjet des avions pour 11,3 milliards de dollars. Après avoir rencontré lundi le président et le premier ministre vietnamiens Tran Dai Quang et Nguyen Zuan Phuc ainsi que le secrétaire général du Parti communiste Nguyen Phu Trong, le vrai détenteur du pouvoir reçu à la Maison-Blanche en 2015, Barack Obama va rencontrer des entrepreneurs. Il va aussi défendre une nouvelle fois le bien-fondé du Partenariat transpacifique (TPP), un traité de libre-échange signé par les Etats-Unis et onze pays de la région Asie-Pacifique (sauf la Chine) représentant 40% du commerce mondial. Selon la Banque mondiale, le Vietnam est le pays qui devrait le plus en bénéficier avec une hausse de la croissance économique estimée à 10% d’ici à 2030.

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Le TPP, attaqué aux Etats-Unis par le républicain Donald Trump ainsi que par les candidats démocrates à la Maison-Blanche Hillary Clinton et Bernie Sanders, devrait permettre à l’Amérique, estime Barack Obama, de se battre davantage à armes égales. En signant l’accord, le Vietnam, dont la moitié de la population a moins de trente ans, a accepté plusieurs principes défendus par l’Organisation internationale du travail. Il a aussi accepté de hausser les salaires minimaux perçus outre-Atlantique comme une concurrence déloyale et de renforcer les normes environnementales. Quant à Barack Obama, il espère une ratification du TPP par le Sénat avant son départ de la Maison-Blanche…