Terrorisme

Objectif Paris: comment Salah Abdeslam a participé aux tueries du 13 novembre

Dans sa conférence de presse samedi soir, le procureur de la République de Paris François Molins a confirmé le rôle central joué le 13 novembre par Salah Abdeslam

C'est dans un pénitentier de Bruges que Salah Abdeslam, interpellé vendredi vers 17 heures dans la commune bruxelloise de Molenbeek, passera sa première nuit en détention. Ces dernières 24 heures, le terroriste français, né à Bruxelles  le 15 février 1989, a séjourné à l'hôpital pour y être soigné à la jambe, et dans les locaux de la police fédérale belge qui l'a longuement interrogé. Premier aveu: sa participation à l'expédition terroriste à Paris le 13 novembre est confirmée. Il devait-dit-il, se faire exploser au stade de France. Explications.


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. Quelles sont les charges retenues contre Salah Abdeslam, et quand interviendra son extradition en France ?

Salah Abdeslam, 27 ans, est actuellement l'objet de deux procédures, l'une en Belgique et l'autre en France. Dès son interpellation par la police, qui l'avait «logé» dans un appartement en sous-sol du quartier de Molenbeek, les juges d'instruction belges lui ont signifié son inculpation pour «participation à des meurtres terroristes», et «participation à un groupe terroriste». En parallèle, les six magistrats français en charge de son dossier au pole antiterroriste ont immédiatement émis à son encontre un mandat d'arrêt européen assorti d'une demande d'extradition, auquel la justice belge a au maximum trois mois pour répondre. Ce mandat européen, dont Salah Abdeslam a été informé à 16h15 samedi, impose à la justice belge de le remettre aux autorités françaises, une fois les possibles recours épuisés. L'intéressé ayant, aux dires de son avocat, refusé d'être extradé en France, la procédure devrait durer quelques semaines. Il est dès lors probable que Salah Abdeslam arrivera en France, pour y être aussitôt déféré devant les juges d'instruction du pôle antiterroriste, entre avril et juin prochain.

. Salah Abdeslam était-il l'un des cerveaux du 13 novembre et a-t-il directement participé aux attentats ?

Les premières informations disponibles depuis son arrestation démontrent qu'il a bien joué un rôle central dans l'organisation des plus graves attentats jamais commis en France. Il a notamment organisé une partie de la logistique au service des neuf kamikazes et tueurs lancés à l'assaut du stade de France, du Bataclan et des terrasses de café parisiens où 130 personnes ont trouvé la mort, et des centaines de personnes ont été blessées.

Quatre faits semblent désormais avérés.

Le premier est l'intense activité déployée par Salah Abdeslam à travers l'Europe durant les mois de juillet à octobre 2015, qui ont précédé les attentats. Les vérifications policières ont permis de le localiser en Italie, en Grèce, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Autriche, en Allemagne et en France durant cette période, sans doute pour y transporter des individus et assurer peut-être le lien avec d'autres équipes liées à l'Etat islamique. 

Deuxième fait confirmé: son soutien logistique direct à la préparation des attentats. C'est Salah Abdeslam qui achète, le 12 septembre 2015 dans la banlieue parisienne, des détonateurs de feux d'artifice qui seront utilisés dans les ceintures d'explosifs. C'est encore lui qui, le 8 octobre, achète quinze litres d'eau oxygénée, nécessaire à la confection de bombes artisanales. C'est enfin toujours lui qui loue, à son nom, l'une des voitures utilisées le soir du 13 novembre, et l'un des appartements de transit des tueurs, à Alfortville, au sud-est de Paris. 

Troisième action: Salah Abdeslam est dans la voiture Clio qui dépose les kamikazes du stade de France, parmi lesquels Bilal Hadfi, qu'il connaissait. Son itinéraire, ensuite, devient plus flou car les versions diffèrent. Celle du procureur de Paris situe Salah Abdeslam près du Stade de France, puis dans le 18e arrondissement, puis à Montrouge dans le sud de Paris. Aucune mention, en revanche,  n'a été faite par le magistrat du Bataclan ou des terrasses parisiennes, alors que son frère Brahim Abdeslam s'est fait sauter, lui, au comptoir Voltaire près de la place de la Nation. Or cette place parisienne est proche de Montreuil, où l'on pensait que Salah s'était fait récupérer dans la nuit de vendredi à samedi 14 novembre par ses complices venus de Belgique, Hamza Attou et Mohamed Amri. L'écheveau de la nuit fatale reste très emmêlé.

Quatrième fait: Salah Abdeslam avait pour mission de tuer. Il a reconnu qu'il devait se faire exploser au stade de France, avec évidemment pour objectif de créer le plus de dégâts humains possible. Il a ensuite renoncé. Tout cela conforte le portrait d'un homme prêt à mourir et à tuer des innocents au nom de l'Etat islamique. Jusqu'à ce qu'il décide de s'enfuir.

. Salah Abdeslam peut-il permettre aux enquêteurs de tout comprendre sur le 13 novembre ?

L'homme, dont son avocat a expliqué qu'il était prêt à coopérer avec la justice belge, détient en tout cas presque tous les «chaînons manquants», ces bouts d'informations si difficiles à recouper pour les policiers. Ces derniers espèrent notamment comprendre s'il devait, ou non, commettre un attentat dans le 18e arrondissement de Paris, mentionné dans la revendication de l'Etat islamique. Ils veulent aussi savoir qui l'a recruté, ainsi que son frère Brahim, enterré jeudi dernier à Bruxelles après la remise du corps de ce dernier, autopsié puis gardé des mois par la police française, à sa famille. Une théorie qui circule est qu'Abdeslam serait sorti de sa tanière, ou se serait fait repérer, en raison des obsèques de son frère, auxquelles a participé l'un de ses complices arrêtés vendredi en sa compagnie, Abid Abdelkam. Autre interrogation: le rôle exact joué par Mohamed Abrini, l'homme vu à ses côtés dans une station d'essence deux jours avant les attentats du 13 novembre. Celui-ci pourrait être l'artificier du groupe. Or il court toujours.

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