Chine

Objectif sécurité maximale au Tibet

Les autorités de Pékin confirment l’envoi de troupes supplémentaires pour éviter tout dérapage en cette période «spéciale»

Contrôles d’identité à Lhassa, frontières sous surveillance de l’armée, envoi de troupes fraîches dans chaque ville et village, journalistes refoulés… Pékin veut à tout prix éviter de nouveaux incidents au Tibet. La région est sous contrôle total depuis plusieurs jours. Cela n’empêche pas les plus téméraires et les plus désespérés de brandir un drapeau tibétain ou une photo du dalaï-lama dans la rue.

Territoire interdit

Fin février, un jeune moine de Kirti (Sichuan) a sorti un drapeau avant de s’asperger d’essence, et de tenter de s’immoler devant son monastère. Dans la nuit de dimanche à lundi, à Golog (Gansu), plusieurs personnes auraient manifesté devant un check-point et une bombe de faible portée aurait endommagé des véhicules de police. Les deux informations, délivrées par l’agence Chine nouvelle en anglais, sont impossibles à vérifier. Toute la région, un quart du territoire chinois, est interdite aux touristes et aux journalistes étrangers. Sauf ceux qui travaillent «de manière juste et objective», a expliqué Qiangpa Puncog, gouverneur de la région autonome du Tibet. Sur place, les habitants ne répondent plus aux appels de l’étranger. «Trop dangereux», disent-ils.

Le 10 mars est une date toujours sensible, et le millésime 2009 encore davantage. Il y a cinquante ans exactement avait lieu la plus importante rébellion tibétaine contre l’Armée populaire de libération, entrée dans la région du Toit du Monde huit ans plus tôt. Une semaine plus tard, le dalaï-lama s’enfuyait en Inde, à travers les cols de l’Himalaya. La répression chinoise avait fait un nombre invérifiable de morts, sans doute des dizaines de milliers. Depuis, chaque 10 mars, des moines et des civils manifestent dans la région.

En 2008, année olympique, les défilés pacifiques avaient dégénéré en émeutes à Lhassa et dans plusieurs villes. Des magasins avaient été pillés et, selon la presse officielle, une vingtaine de civils, hui (musulmans) et han (chinois), avaient été tués. L’armée et la police avaient tardé à réagir, mais la répression avait fait plus de 200 morts d’après les Tibétains en exil. International Campaign for Tibet (ICT, basé à Washington) a affirmé hier que 1200 Tibétains arrêtés, et pour certains torturés, ont disparu depuis un an.

Pékin affirme que le calme règne au Tibet, et confirme l’envoi de troupes supplémentaires pour assurer la sécurité en cette période «spéciale». Le gouvernement a dégainé ces dernières semaines une propagande sans précédent, en riposte à celle, non moins virulente, du gouvernement en exil à Dharamsala. Pékin ne veut voir qu’un anniversaire au Tibet: la «Journée d’émancipation des serfs», fixée au 28 mars, date de la fin des émeutes de 1959.

Pour la première fois cette année, la Chine fêtera cinquante ans de «réformes démocratiques au Tibet». Réformes, explique le quotidien China Daily, qui ont permis le passage «de la pauvreté à l’aisance, de l’autocratie à la démocratie et de l’isolement à l’ouverture». L’agence Chine nouvelle a ouvert le premier site dédié aux droits de l’homme au Tibet*. Toute autre version des événements survenus en un demi-siècle serait une tentative de déstabilisation, comme l’explique un «livre blanc» publié récemment par le bureau de l’Information du Conseil d’Etat: «Il est clair que la prétendue question tibétaine n’est en aucune façon un problème ethnique, religieux ou social. Il s’agit plutôt d’une manœuvre des forces occidentales antichinoises pour affaiblir, diviser et diaboliser la Chine.»

* www.tibet328.cn, disponible en anglais, allemand et français.

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