En septembre 2001 s’était tenue à Durban, en Afrique du Sud, une conférence onusienne vouée à lutter «contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée». Elle fut, par beaucoup, considérée comme un échec (lire encadré).

Tantôt vilipendée, tantôt célébrée, la conférence de suivi de Genève aura mobilisé toutes les énergies de ces derniers mois. Retour sur les objectifs, les enjeux et les controverses liés à l’événement.

Objectifs de la conférence

Durban II doit assurer le suivi de Durban I, organisée en Afrique du Sud en septembre 2001 pour lutter de manière globale contre le racisme. Une feuille de route avait alors été signée par 169 pays, établissant un programme d’action. La réunion de Genève doit juger des progrès accomplis et formuler de nouvelles recommandations.

Enjeux

Quelques jours avant les attentats du 11 septembre 2001, Durban I avait été entachée de propos très virulents contre Israël, tenus en marge du sommet, dans le cadre du Forum des ONG. Des violences s’en étaient suivies. Israël et les Etats-Unis avaient claqué la porte. «L’enjeu, cette année, est de dépasser les clivages de 2001, note Julie de Rivero, directrice du bureau genevois de Human Rights Watch. Le projet de déclaration finale n’évoque plus le conflit au Proche-Orient. L’important est de se focaliser sur les grandes thématiques liées au racisme. Il faut également renforcer l’idée que la liberté d’expression est un moyen de combattre le racisme et non l’inverse.» L’autre enjeu de la conférence est celui de la liberté d’expression, un certain nombre d’Etats ayant souhaité la brider en inscrivant la diffamation religieuse parmi les délits racistes. Certains, enfin, remettent en question le multilatéralisme pour traiter de telles problématiques.

Pierres d’achoppement

Les délégations s’écharpent depuis des mois autour de la question palestino-israélienne. Comme en 2001, un groupe de pays a tenté d’assimiler le sionisme au racisme, provoquant l’ire de nombreux Etats occidentaux. Une version antérieure (non négociée) du projet de déclaration finale nommait Israël à de multiples reprises. Dans l’avant-dernière version, il était mentionné que «l’occupation étrangère», sous-entendue par Israël, relève d’un acte raciste, sans plus de précision. Vendredi soir, la phrase a été déplacée afin de lever toute ambiguïté.

Echaudés par l’affaire des caricatures du prophète Mahomet, qui avait embrasé le monde entier en 2006, des Etats ont proposé de définir la «diffamation religieuse» comme étant du racisme, une atteinte insupportable à la liberté d’expression pour le camp occidental. A peine plus consensuel, l’avant-dernier document de travail évoquait les «stéréotypes négatifs des religions» comme une atteinte aux droits humains. La version finale a été jugée acceptable par les Occidentaux. Le document déplore l’intolérance raciale ou religieuse, à ­savoir l’islamophobie, l’anti-sémitisme, la «christianophobie» et les comportements anti-arabes qui se manifestent «en particulier par des stéréotypes négatifs et une stigmatisation de personnes basés sur leur religion ou leur croyance».

Malgré l’insistance iranienne, le projet de déclaration finale contient toujours une référence à l’Holocauste qui «ne doit jamais être oublié».

Différents camps

L’Iran, depuis le départ, est l’Etat le plus virulent concernant la condamnation d’Israël et l’inscription de la diffamation religieuse dans la déclaration finale. Téhéran est soutenu par Damas et une partie des membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Les points invoqués sont deux lignes rouges pour les Etats occidentaux en général. «Mais les blocs ne sont pas homogènes, rappelle un observateur. Si la Suisse, la Norvège et le Liechtenstein ont tenté de trouver un consensus, les Pays-Bas, le Danemark et l’Italie ont été très défensifs.» La Russie, par le biais de son facilitateur Youri Boychenko, a joué un rôle primordial pour aller vers un consensus, les pays d’Amérique latine également.

kSuites

«La déclaration finale n’est pas contraignante mais elle a une valeur morale, note un diplomate européen. D’où l’importance qu’elle soit signée par un maximum de pays.» Un observatoire du racisme, en outre, pourrait être mis en place.