Entre les larmes, les slogans politiques: les obsèques de George Floyd, dans une église du Texas mardi, ont mêlé les hommages à cet homme noir tué par un policier blanc et les appels enflammés à s'attaquer au racisme qui «blesse l'âme» de l'Amérique.

La pasteure Mia Wright, de l'église Fountain of Praise à Houston, a d'emblée donné le ton de ces funérailles, retransmises en direct dans des millions de foyers: «Nous allons peut-être pleurer, faire notre deuil, mais nous allons trouver du réconfort et de l'espoir!»

Dans le premier registre, les proches de George Floyd ont salué «Big George», leur «superman», leur «doux géant» dont la stature - près de deux mètres - n'a pas empêché un agent de police de l'étouffer, en s'agenouillant pendant près de neuf minutes sur son cou, il y a quinze jours à Minneapolis (nord).

«Quand est-ce que l'Amérique a été grande ?»

«Vous êtes obligés de faire votre deuil en public, c'est difficile», leur a dit le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden dans une vidéo au ton intime diffusée pendant la cérémonie. Mais pour lui, «l'heure de la justice raciale est venue». «Nous ne pouvons plus nous détourner du racisme qui blesse notre âme», a ajouté l'ancien vice-président de Barack Obama, qui jouit d'une grande popularité parmi les électeurs noirs.

Plusieurs élus démocrates, dont le maire de Houston Sylvester Turner qui a annoncé une réforme de la police de la ville, ont pris la parole à la tribune, mais c'est la jeune nièce de George Floyd qui s'est aventurée le plus avant sur le terrain politique. «Certains disent qu'il veut rendre leur grandeur à l'Amérique», a lancé Brooke Williams, en référence au slogan de campagne de Donald Trump. «Mais quand est-ce que l'Amérique a été grande ?», s'est-t-elle interrogée en dénonçant la «haine raciale».


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Le président républicain n'a de son côté pas eu un mot mardi pour George Floyd ou les victimes de violences racistes. Dans un tweet, il a au contraire mis en cause la crédibilité d'un homme de 75 ans récemment poussé par des policiers lors d'une manifestation.

«Nous devons nettoyer la Maison-Blanche»

Le calvaire de George Floyd, dont une vidéo est devenue virale, a suscité une mobilisation inédite aux Etats-Unis depuis la lutte des droits civiques dans les années 1960. Mais Donald Trump, qui brigue un second mandat en novembre, campe sur un discours de fermeté.

«La première chose que nous devons faire est nettoyer la Maison-Blanche», en a conclu, sous les applaudissements de l'église, le révérend Bill Lawson en appelant les Américains à «voter». Entrecoupées de chants gospel, les funérailles ont aussi vu un artiste dessiner le visage de George Floyd en ligne blanche, sur une toile noire.

Le révérend Al Sharpton, figure de la lutte pour les droits civiques, a même accusé le président de «malfaisance», lui reprochant d'encourager les policiers à se croire au-dessus des lois. «Le président a parlé d'appeler les militaires en renfort» pour ramener le calme aux Etats-unis, «mais il n'a pas eu un mot pour les 8 minutes et 46 secondes de ce meurtre policier», a-t-il ajouté, tout en admettant que Donald Trump avait adressé en privé «sa sympathie» à la famille. «Le message transmis, c'est que, si vous êtes dans les forces de l'ordre, la loi ne s'applique pas à vous», a déploré le pasteur, qui a fait se lever un à un les proches d'Afro-Américains morts tués par des policiers, dont Eric Garner ou Breonna Taylor.

Rare figure blanche à s'exprimer, le pasteur Steve Wells a interpellé sa communauté: «Nous sommes meilleurs qu'avant, mais nous ne sommes pas aussi bons que nous devrions l'être. Il faut que vous agissiez pour plus de justice raciale.»

L'inhumation en comité restreint

A l'issue de la cérémonie, des centaines de personnes scandant le nom de George Floyd ont accompagné sa dépouille, transportée dans une calèche funéraire blanche jusqu'au cimetière Memorial Gardens dans la banlieue de Houston. Pour l'intimité de la famille, la presse n'était pas autorisée à assister à l'inhumation.

George Floyd repose désormais aux côtés de sa mère Larcenia, décédée en 2018, dont il avait le surnom «Cissy» tatoué sur la poitrine. Lors de son calvaire, il avait supplié le policier Derek Chauvin de le relâcher en implorant «maman».


A Genève, plus de 10 000 manifestants contre le racisme

Plus de 10 000 personnes ont manifesté contre les violences et le racisme anti-noirs au centre-ville de Genève mardi. L’événement a eu lieu le dernier jour des funérailles de George Floyd.

«Le silence tue», «Je suis noire, j'existe» ou encore «pas de justice, pas de paix» pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les participants, surtout des jeunes, rassemblés à l'appel de Black Lives Matter Suisse romande, créé à la suite de l'homicide de George Floyd le 25 mai. Ce collectif dénonce le racisme en Suisse, où les violences policières sont aussi une réalité.

«Nous marchons ensemble pour un monde meilleur où l'inégalité raciale n'a pas sa place», a déclaré une des jeunes organisatrices, qui a été vivement applaudie. Le collectif a pour objectif de déconstruire le racisme systémique en Suisse. Il dénonce aussi le profilage racial de la police.

Gestes barrières

Cette manifestation est la première de grande ampleur à Genève depuis l'assouplissement des mesures sanitaires liées au Covid-19. Afin de respecter les consignes, des groupes de 300 personnes ont été formés. La plupart des manifestants portaient des masques et devaient se munir de désinfectant pour les mains.

Vers 18h50, le cortège s'est mis en marche pour rejoindre le parc des Cropettes, après la gare de Cornavin, en passant par les Rues Basses et le pont du Mont-Blanc. En tête du défilé, une banderole portait l'inscription: «I can't breathe». Des manifestations similaires ont eu lieu samedi à Neuchâtel, Berne, Bâle ou encore Zurich et dimanche à Lausanne. ATS