Ils étaient tous là. Rois, présidents et premiers ministres de toute la planète ont assisté aux funérailles du roi Hussein de Jordanie. Jamais, depuis les obsèques d'Yitzhak Rabin, le premier ministre israélien assasssiné en 1995, la communauté internationale ne s'était réunie à un tel niveau. Plus ubuesque, des ennemis jurés comme Israéliens et Arabes, Américain et Irakiens, Turques et Chypriotes grecs ont dû se côtoyer sans s'adresser la parole. Quelques chefs d'Etat ont rejoint Amman dimanche soir, mais la majorité est arrivée hier matin seulement. A l'aéroport, d'ailleurs, les avions officiels ont atterri les uns après les autres créant un embouteillage sur le tarmac. Les autorités jordaniennes paraissaient même un peu dépassées par l'arrivée de tous ces chefs d'Etats.

Bill Clinton, Tony Blair, Jacques Chirac, Yasser Arafat, Gerhard Schröder… L'annonce de l'arrivée de Boris Eltsine a créé une première surprise. Les médecins lui avaient en effet interdit de faire le voyage. Visiblement malade, le président russe n'a pas pris part à toute la cérémonie.

La plus grande surprise est venue du côté de Damas. A l'étonnement général, le président syrien Hafez el-Assad a décidé de venir rendre un dernier hommage au roi Hussein, son «vieil ennemi». Pour la Syrie, le roi Hussein est devenu un traître en signant la paix avec Israël en octobre 1994. Les relations entre les deux hommes étaient d'ailleurs très tendues. Chef d'Etat avisé, Assad se devait pourtant d'être là. L'homme fort de Damas s'est recueilli quelques instants devant la dépouille du souverain hachémite, paumes des mains levées vers le ciel, récitant la prière des morts. Puis, Hafez el-Assad, qui se montrait pour la première fois en public avec des dirigeants israéliens, a tout fait pour éviter de les rencontrer.

De son côté, le président Bill Clinton a esquivé le vice-président irakien, Caha Mohieddine Maarous, dont le pays est la bête noire de Washington. Tout comme les représentants du Soudan et de la Libye, Etat «terroriste» selon les Etats-Unis.

Pour la Jordanie elle-même, ces obsèques marquent la réconciliation avec le Koweït. Après l'invasion de ce pays par l'Irak en août 90 et la guerre du Golfe qui a suivi en 1991, le roi de Jordanie s'était rangé derrière Saddam Hussein. Le Koweït n'a pas encore pardonné à la Jordanie mais le numéro deux du royaume était présent lundi à Amman. Ses relations et ses amitiés avec le jeune prince du Golfe devraient permettre à Abdahllah de poursuivre le rapprochement avec les pays de la région.

Face au défilé de tous ces grands hommes devant la dépouille du roi Hussein, la commentatrice de la télévision jordanienne a évoqué la fierté du peuple jordanien. Un peuple extrêmement ému mais digne lors des funérailles. La dépouille du roi Hussein a quitté la résidence familiale du palais Bab el Salam à midi. Porté par six membres de la famille, le cercueil a été installé sur une jeep. Puis la dépouille a parcouru une vingtaine de kilomètres dans les rues de la capitale. Des dizaines de milliers de Jordaniens se sont massés le long du parcours, des drapeaux noirs à la main.

«Notre père à tous»

«Ce n'est pas le roi qu'on enterre, c'est notre père à tous», lâche une jeune mère de famille qui guette le passage du cercueil. Le bruit au loin des hélicoptères annonce son arrivée. L'émotion monte au sein de la foule jusque-là recueillie. La jeep transportant le cercueil recouvert du drapeau jordanien passe, des hommes agitent la main dans un dernier au revoir. Les enfants jettent des fleurs, puis tout d'un coup tous éclatent en sanglots. Un groupe de jeunes, essoufflés, court après le cortège. Pendant un bref instant, la foule bloque le convoi, les policiers eux-mêmes très émus n'osant pas utiliser la force pour se dégager.

Dans la salle du trône du palais de Raghabane, haut lieu de la monarchie hachémite, le cercueil est ensuite déposé. Tout près, se tient le jeune roi Abdahllah, tous les hommes de la famille royale et les hauts responsables jordaniens.

L'entrée du Palais royal lui étant interdite, la majorité de la population suit alors à la télévision la cérémonie: le recueillement des chefs d'Etats, la fanfare militaire, la marche des dignitaires étrangers vers le cimetière où le roi Hussein a été enseveli dans un linceul. Devant l'image du cheval blanc du souverain, le commentateur de la télévision essuie ses larmes. En signe de deuil, les bottes noires du souverain ont été enfoncées à l'envers dans les étriers. Plus personne ne montera jamais ce cheval.