La tension née de l'arrestation du dirigeant kurde Abdullah Öcalan, officiellement mis en examen mardi pour trahison, s'est manifestée encore à Genève par une alerte à la bombe dans les locaux du Bureau international du travail (BIT). Hier, au début de l'après-midi, des employés ont découvert dans différents ascenseurs des tracts signés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et demandant la libération immédiate de l'illustre détenu, faute de quoi deux explosions auraient lieu à 15 h. Plus d'un millier de personnes ont été alors évacuées, le temps de fouiller le bâtiment et de laisser passer le moment le plus critique. Puis tout est rentré dans l'ordre. Interview d'un journaliste kurde, Ali Aydin, correspondant à Genève du quotidien turc d'opposition radicale Özgür Politika.

Le Temps: Comment comprenez-vous cette alerte à la bombe?

Ali Aydin: Les chefs militaires du PKK ont envoyé des consignes demandant à leurs sympathisants de ne pas pratiquer la violence en Europe. Mais la Turquie est capable de tout pour abattre le mouvement indépendantiste. Y compris, évidemment, de lui mettre sur le dos des menaces d'attentat.

– Il vous paraît donc exclu que les Kurdes se lancent dans le terrorisme?

– Lors de notre récente occupation des bâtiments de l'ONU à Genève, une femme kurde disait: «J'ai perdu mon mari, je suis en exil, je vais vivre pourquoi maintenant?» Dites-moi: qui pourra l'empêcher d'utiliser des moyens violents si elle en décide ainsi?

– Et en Turquie même, un tel changement de stratégie est-il envisagé par le PKK?

– Abdullah Öcalan s'était opposé à la pose de bombes dans les grandes villes et c'est grâce à lui que les affrontements sont demeurés limités. Mais des attentats pourraient bien avoir lieu désormais. Le moment pourrait bien être venu. Il n'y a plus d'autre solution.

Propos recueillis par Etienne Dubuis