«Ne nous faisons pas d’illusions: notre influence directe sur les manifestants égyptiens est limitée. C’est au sommet que nous devons agir. Le leadership du président Moubarak sera décisif.» De tous les participants à la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich ce week-end, Frank Wisner a été l’un des plus écoutés. Or pour l’ancien ambassadeur américain au Caire, qui s’est personnellement entretenu ces derniers jours avec Hosni Moubarak à la demande de Barack Obama et s’exprimait à Munich par lien satellite, une chute brutale du régime en place n’est pas souhaitable. Les appels au départ immédiat du raïs doivent selon lui être nuancés: «Nous devons absolument contrôler notre rhétorique, a-t-il répliqué au patron de Human Rights Watch, Kenneth Roth. Traiter les autorités égyptiennes de façon hostile serait une erreur. Nous devons au contraire convaincre le président Moubarak qu’il est en train d’écrire l’histoire. Il est vital qu’il utilise son autorité pour faciliter la transition démocratique.»

La question, évidemment, est de savoir s’il est encore possible de faire confiance à ce régime. Personne, à Munich, n’a d’ailleurs osé prendre ce risque. Mais de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, à l’ancien diplomate européen en chef, Javier Solana, tous les intervenants ont souligné que le danger réside d’abord dans une dislocation des institutions et un éclatement des forces armées.

Course contre la montre

«Souvenons-nous de nos transitions démocratiques en Europe, a expliqué l’Espagnol. Il est impératif que les capitaines, les colonels et les jeunes généraux de l’armée égyptienne demeurent unis. Une armée divisée serait la porte ouverte à la violence.» Idem pour les autres institutions: «La priorité est de remettre sur pied des partis séculaires dignes de ce nom, pour qu’il y ait une alternative aux manifestations de rue», a précisé Volker Perthes, directeur de l’Institut allemand de politique étrangère. «La conjoncture est parfaite pour une tempête», a mis en garde Hillary Clinton.

Tous l’admettent, une course contre la montre est engagée au Caire. Conseiller national pour la sécurité du gouvernement israélien, Uzi Arad a identifié trois menaces: les Frères musulmans, les éléments anti-américains et anti-occidentaux et les adversaires du maintien de la paix avec l’Etat hébreu. «La question, pour Israël, est: quelle coopération en matière de sécurité pouvons-nous continuer d’avoir avec l’Egypte? Nous devons nous préparer au pire.»

Que faire dès lors? «Offrir des modèles de transition réussie et répéter qu’un retour en arrière est impossible», a rappelé Javier Solana. L’exemple démocratique et séculaire de la Turquie a été plusieurs fois souligné. Tout comme la nécessité de ne pas se focaliser sur la politique mais de tout faire, aussi, pour que l’économie ne sombre pas dans le chaos. Naguib Sawiris, président du conglomérat égyptien de télécommunications Orascom, a clairement mis en garde contre une vacance de pouvoir. Les baisses des notations de l’Egypte et de la Tunisie ont été pointées du doigt. La nécessité de soutenir, dans ce dernier pays, le secteur du tourisme, a été soulignée. «Gare à trop donner de leçons, ces pays ont surtout besoin d’aide», a asséné Javier Solana.