rétorsions

Les Occidentaux ont frappé des cibles bien précises en Syrie

Avec la France et la Grande-Bretagne, Donald Trump a ordonné des bombardements sur le pays en représailles aux attaques chimiques. Les alliés ont pris soin d'éviter les cibles russes

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé tôt samedi des frappes concertées en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad, une semaine après l'attaque chimique présumée du 7 avril dans la ville syrienne alors rebelle de Douma.

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé samedi à 3 heures du matin (heure suisse) trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien: une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie. Les Etats-Unis ont tiré des «types de munitions divers», dont des missiles de croisière Tomahawk. D'après Fox News, des bombardiers à long rayon d'action B-1 ont aussi été engagés.

Une heure plus tard, ces frappes étaient «terminées», a-t-il ajouté, précisant qu'aucune autre opération n'était prévue à ce stade.

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Pas de cible russe

Les alliés ont pris soin d'éviter de toucher les forces russes, massivement présentes dans le pays, a-t-il souligné. Moscou a confirmé qu'aucune des frappes n'avait atteint les abords des bases aérienne et navale russes.

Le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient «circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques». Selon la ministre française des Armées Florence Parly, elles ont visé «le principal centre de recherches» et «deux centres de production» du «programme clandestin chimique» du régime syrien.

Les Britanniques ont indiqué avoir frappé un complexe militaire - une ancienne base de missiles - à 24 kilomètres à l'ouest de Homs «où le régime est supposé conserver des armes chimiques».

Un «centre de recherche» visé

La télévision d'Etat syrienne a rapporté des «informations» selon lesquelles un «centre de recherches» du quartier de Barzé dans le nord-est de Damas avait été visé.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des centres de recherche scientifique, «plusieurs bases militaires» et des locaux de la garde républicaine à Damas et ses environs ont été pris pour cibles.

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Le régime syrien a dénoncé samedi une «violation flagrante» du droit international, fustigeant une «agression barbare et brutale» des Occidentaux.


Les réactions

La Russie, soutien indéfectible du régime de Damas, a vivement réagi. La Syrie, qui a résisté pendant des années à «une agression terroriste», a été frappée par l'opération militaire occidentale alors qu'elle avait «une chance d'avoir un avenir pacifique», a déclaré samedi le ministère russe des Affaires étrangères. «Un coup a été porté contre la capitale d'un Etat souverain qui a tenté pendant de nombreuses années de survivre au milieu d'une agression terroriste», a écrit sur Facebook la porte-parole du ministère, Maria Zakharova.

Le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, a violemment dénoncé les frappes occidentales menées contre la Syrie en qualifiant de "criminels" le président américain Donald Trump, son homologue français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Theresa. «L'attaque menée ce matin contre la Syrie est un crime. Je déclare franchement que le président américain, le président français et la Première ministre britannique sont des criminels, ils n'obtiendront rien et ne tireront aucun bénéfice», a déclaré Ali Khamenei.

Israël a justifié samedi les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie en affirmant que le régime de ce pays continue ses «actions meurtrières», selon un responsable israélien. «L'an dernier, le président américain Donald Trump a fait savoir que l'utilisation d'armes chimiques reviendrait à violer une ligne rouge. Cette nuit sous la direction américaine, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont agi en conséquence. La Syrie continue ses actions meurtrières», a ajouté le responsable israélien, qui a requis l'anonymat. «La Syrie sert également de base pour mener ce genre d'actions, notamment de la part de l'Iran, qui mettent en danger son territoire, ses forces et sa direction», a ajouté ce responsable.

Le Canada approuve la décision des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France. Depuis Lima, où il assiste au sommet des Amériques, Justin Trudeau a soutenu «la décision des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France de prendre des mesures pour diminuer la capacité du régime de lancer des attaques par armes chimiques contre ses propres citoyens». «Le Canada condamne avec la plus grande fermeté l'usage d'armes chimiques dans l'attaque perpétrée la semaine dernière dans la Ghouta orientale, en Syrie».

En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a déclaré que son gouvernement «soutenait» les frappes visant le régime syrien. «Nous soutenons le fait que nos alliés américains, britanniques et français (...) aient pris leurs responsabilités», a indiqué Mme Merkel dans un communiqué. «L'intervention militaire était nécessaire et appropriée afin de préserver l'effectivité de l'interdiction des armes chimiques et prévenir le régime syrien contre de nouvelles infractions».

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé samedi tous les Etats membres «à faire preuve de retenue dans ces circonstances dangereuses et à éviter tous les actes qui pourraient entraîner une escalade de la situation et aggraver les souffrances du peuple syrien». Le secrétaire général a reporté un voyage prévu en Arabie saoudite pour gérer les suites de l'opération militaire lancée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France et qui visait principalement les capacités militaires chimiques dont dispose selon eux le pouvoir syrien.

Le groupe rebelle de Douma Jaich al-Islam a estimé que les raids occidentaux contre les positions militaires du régime représenteraient «une farce» tant que le président Bachar al-Assad resterait au pouvoir. «Punir l'instrument du crime alors que le criminel est maintenu. Une farce», a estimé sur son compte twitter Mohammed Allouche, un haut responsable du groupe rebelle Jaich al-Islam, qui contrôlait Douma, la ville où s'est déroulée l'attaque chimique présumée ayant entrainé les frappes de représailles occidentales.

Une chronique: Irak-Syrie: l’histoire bégaie!


Notre résumé du conflit.

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