Ce ne sont encore que des frémissements. Mais l'agitation qui a gagné ces derniers jours les cercles diplomatiques occidentaux laisse augurer d'un tournant imminent dans l'impasse nucléaire iranienne, après trois ans de vaines négociations avec Téhéran.

Les ministres des Affaires étrangères des cinq Etats membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, accompagnés de leur homologue allemand, se sont retrouvés jeudi soir à Vienne pour finaliser une offre globale de coopération, assortie de menaces, avec l'Iran, en espérant qu'il renonce à son programme nucléaire controversé.

Réunis à la résidence de Peter Jenkins, l'ambassadeur britannique en Autriche, les représentants du groupe dit des «5+1» ont débattu jusque tard dans la soirée d'un «paquet de mesures incitatives», qui devrait être proposé à Téhéran «dans les prochains jours». Ces mesures avaient déjà été proposées lors des négociations euro-iraniennes, interrompues en août 2005, après la relance par Téhéran de ses activités de conversion de l'uranium.

Le principe de cette offre est simple. Les principales puissances mondiales sont prêtes à garantir à l'Iran le droit à l'énergie nucléaire civile, à condition qu'il coopère pleinement avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Elles s'engagent à fournir à l'Iran un réacteur à eau légère, jugé beaucoup moins proliférant que celui à eau lourde, dont les Iraniens achèvent la construction à Arak. Et proposent de fonder une «banque internationale» de combustible nucléaire.

Dans un deuxième volet, économique, les «5+1» assurent l'Iran de leur soutien pour adhérer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans un troisième, les inquiétudes iraniennes en matière de sécurité régionale seraient abordées, eu égard à la présence militaire américaine en Turquie, en Irak et en Afghanistan, tous trois frontaliers de l'Iran. En retour, l'Iran accepterait un plafond de son taux d'enrichissement d'uranium en dessous de 20%, c'est-à-dire dans les limites fixées par l'AIEA, ne permettant pas une utilisation militaire.

Cette offre, déjà rejetée une fois par Téhéran, souffrait alors d'une grave faiblesse structurelle: elle n'associait pas les Etats-Unis, dont l'Iran recherche pourtant des garanties qu'ils ne chercheront pas à renverser son régime islamique.

La situation a basculé mercredi, lorsque les Etats-Unis ont annoncé leur intention de participer aux négociations avec l'Iran. Une ouverture historique après vingt-six ans de brouille, depuis la prise d'otages à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979-1980, sous réserve que Moscou et Pékin acceptent de recourir aux sanctions contre Téhéran en cas d'échec du processus, et que l'Iran de son côté cesse au préalable ses activités d'enrichissement de l'uranium.

Russes, Européens et Chinois ont unanimement salué cette démarche inédite. Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, s'est félicité mercredi de la «disponibilité» de Washington, estimant que cela «[renforçait] la crédibilité» de la démarche européenne. Un satisfecit délivré également par ses homologues britannique et allemand, ainsi que par Javier Solana, le représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère. Moscou a applaudi la déclaration d'intention des Etats-Unis, prédisant que «désormais, nous avons une chance réelle de parvenir à un règlement» de la crise.

Derrière cette unité de façade, pourtant, quelques bémols laissent présager des lendemains difficiles à la réunion de Vienne. Pékin reste hostile sur le principe à «l'utilisation arbitraire de sanctions». Ce qui vide de sa substance le compromis entre grandes puissances espéré par Washington. L'Iran de son côté, après avoir manifesté des signes d'apaisement vis-à-vis des Etats-Unis, souffle à nouveau le froid et a rejeté l'offre américaine d'un dialogue sous condition. Hier, le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a déclaré que Téhéran «[soutenait] un dialogue juste et impartial, mais [ne discuterait] pas de [ses] droits inaliénables et légitimes» de mener son propre programme nucléaire.