revue de presse

Occupy Wall Street, un an pour rien?

Il y a un an, un petit millier de personnes s’installaient dans un parc proche du quartier financier de New York en tentant de créer une contre-société. Les idées d’Occupy Wall Street ont-elles réussi à infuser le débat politique et la société, ou n’était-ce qu’un feu de paille? La presse est sceptique

Les manifestations, ateliers et rendez-vous festifs ont commencé dès samedi près de Wall Street (et il y a d’ailleurs tout de suite eu des arrestations, raconte le Wall Street Journal , aux premières loges), mais c’était ce lundi qu’était vraiment programmée S17 (September 17) , nom de code pour la célébration du premier anniversaire du mouvement Occupy Wall Street à New York. La place financière américaine devait être encerclée par un mur humain, et plusieurs opérations étaient programmées dans les rues avoisinantes plus petites, pour échapper à la police, selon les organisateurs.

Alors, il y a ceux qui continuent à y croire, et les autres. «Un an après, on peut considérer qu’Occupy a échoué dans la plupart de ses objectifs», écrit l’universitaire new-yorkais Mark Greif, un des premiers à participer au camp du parc Zuccotti dans Le Monde. «Le projet qui consistait à amender la Constitution pour renverser la décision Citizens United n’a rien donné. Il a été question de lutter contre le financement privé des partis politiques, mais, aujourd’hui, à l’approche de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, les citoyens américains sont matraqués de spots publicitaires financés par des intérêts privés à New York…» Pourquoi le mouvement a-t-il perdu de son pouvoir d’attraction? «Les centres se sont transformés en centres d’action sociale pour faire face à l’afflux de pauvres. Ce phénomène a plutôt desservi la réputation du mouvement auprès du grand public. Ce visage-là du peuple, personne n’a envie de le voir.»

«Mais où sont les douches?»

Signe que l’analyse peut être plus contrastée, cette tribune d’une tout autre tonalité dans le Guardian : «Les deux mois d’occupation du parc Zuccotti, en plein New York, furent un succès, et jamais le soutien à Occupy n’a été plus grand», écrit… mais oui, Mark Greif, encore, celui-là même du Monde. «Le miracle de l’époque n’en était pas un – seuls les riches n’ont pas l’expérience personnelle de l’injustice et de la violence du système… Mais nous avons été détournés de notre cause par deux questions – celle de l’infinie violence policière contre les protestataires, et celle de l’hygiène des camps, devenue une obsession: mais comment font-ils dans une telle promiscuité, sans toilettes et sans douche?!»

Ce qui a manqué? «Le mouvement n’a pas réussi à se faire entendre de la classe ouvrière, de l’Amérique moyenne, qui se contente de ce qu’elle a, de ce qu’elle est, en restant, étonnamment, conservatrice…», selon ce banquier cité par Adbusters, inspirateur canadien d’OWS. Les Inro­ckuptibles ont eu la bonne idée de retrouver certains des acteurs d’OWS qu’ils avaient rencontrés l’année dernière. Certains s’émerveillent encore: «Les deux mois de sitting ont donné naissance à des actions et à des créations artistiques spontanées complètement inspirantes; des amitiés et des liens intenses se sont créés illico; le mouvement se déployait selon ses propres règles, dans un spectacle diurne et nocturne continu: une sorte d’Etat dans l’Etat». D’autres ont des souvenirs plus mitigés: «On m’a fait sentir qu’il me fallait être entièrement disponible sinon ce n’était pas la peine de prendre part au mouvement.» Et Les Inrocks, un poil désabusés, de conclure: «Ce qui confirme hélas, et pour le dire vite, le profil type de l’Occupant à plein-temps, jeune, un peu paumé, en quête d’appartenance, chômeur ou vagabond.»

Alors, que reste-t-il d’OWS? Au Canada, La Presse fait les comptes: «Environ 70 groupes, dont 30 à 40 sont «très actifs», organisent encore des activités régulières à New York, selon un des organisateurs, et ont mis en place des ateliers d’éducation populaire en marge des conventions républicaine et démocrate… Le mouvement a aussi laissé quelques slogans puissants, dont le célèbre «Nous sommes les 99%» (par opposition au 1% des nantis de la société), et montré le fossé grandissant entre les riches et les pauvres.» Le journal interroge aussi Lawrence J. White, économiste à la NYU, qui fait un tout autre constat: «Un événement digne d’intérêt médiatique… qui sera peut-être mentionné dans les livres d’histoire sur la crise financière comme une manifestation de désarroi d’un groupe de la société… Mais les mentions historiques seront le seul héritage de ce mouvement…»

«Chers banquiers, merci…»

Vraiment? Resteront aussi ces 8000 lettres poignantes d’Américains surendettés qui, dans la foulée d’OWS, ont écrit à leurs banques, rassemblées dans un livre à charge et dont le New York Times publie des extraits sous le titre sans équivoque de «Chers banquiers, merci d’avoir détruit nos vies». Témoignage: «J’ai toujours cru que les études étaient le seul moyen de réussir dans la vie, mais je le regrette tous les jours», écrit une jeune femme incapable de rembourser son prêt étudiant, et dont le père a eu un malaise cardiaque après avoir dû abandonner son assurance vie pour l’aider.

Rien d’étonnant à ce que les Indignés de New York lancent désormais un appel à la grève de la dette des ménages. «L’annulation est inévitable», écrivent-ils, en citant notamment une note blanche de la Fed. Et le site Mediapart d’insister: «Si le mouvement n’est ni massif ni influent, une myriade de petites initiatives montre qu’un «esprit Occupy» existe encore.»

La revue de presse

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