péninsule coréenne

Offensive diplomatique de la Chine

Pékin a proposé une reprise rapide des pourparlers à six sur le nucléaire. Pyongyang hausse le ton face aux manœuvres américano-sud-coréennes en mer Jaune

Sous les lambris de la Maison Bleue, le palais présidentiel de Séoul, les sourires du conseiller d’Etat Dai Buinggo cachent mal l’embarras de la Chine. Ce haut responsable du régime de Pékin a été délégué d’urgence samedi au Pays du Matin calme pour convaincre le président sud-coréen Lee Myung-bak d’accepter une reprise rapide des pourparlers à six sur le nucléaire afin de dénouer la crise déclenchée par le bombardement mardi dernier de l’île de Yeonpyeong.

La veille pourtant, Pékin avait annulé une visite prévue de longue date de son ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi, officiellement pour «des raisons de calendrier». En réalité il s’agissait de ne pas s’afficher aux côtés de l’ennemi de son protégé nord-coréen en plein échange de tir. Mais, en quelques heures, l’Empire du Milieu a changé son fusil d’épaule, sentant le danger d’une nouvelle escalade incontrôlable et le risque de voir s’accroître son isolement sur la scène internationale.

Surtout, l’arrivée en mer Jaune d’une armada de l’US Navy, menée par le porte-avions USS Washington pour dissuader toute nouvelle attaque communiste, a sonné comme un signal d’alarme pour les stratèges chinois. L’emballement dans la péninsule menace les intérêts stratégiques de l’Armée populaire de libération qui n’a jamais accepté que la marine américaine patrouille au large de ses côtes. Ces manœuvres se déroulent à 250 km à peine des côtes de la péninsule chinoise du Shandong.

Au cours du week-end, la Chine est passée à l’offensive diplomatique en proposant une réunion d’urgence des pays impliqués dans les pourparlers à six (Etats-unis, Russie, Chine, Japon et les deux Corées) sur le nucléaire afin d’enrayer la montée des tensions entre Séoul et Pyongyang. La rencontre entre les partenaires clés du dossier nord-coréen pourrait se tenir début décembre dans la capitale chinoise, a suggéré le chef négociateur chinois Wu Dawei. Une idée rejetée par le président sud-coréen qui a refusé de reprendre les discussions à l’heure où son pays est menacé par une nouvelle attaque. Lee Myung-bak a même exhorté la Chine à adopter une position «plus équitable» entre les deux Corées.

Séoul est ulcéré par l’impunité dont bénéficie le régime de Kim Jong-il à Pékin qui a refusé de condamner l’attaque contre Yeonpyeong, tout comme le torpillage de la corvette Cheonan, faisant 46 morts en mars. «La Chine doit devenir responsable! Elle ne peut pas continuer à faire cavalier seul», tonne en privé un conseiller de la Maison Bleue. Et de souligner avec satisfaction que cette fois-ci la Russie s’est désolidarisée du royaume ermite. Le chef de la diplomatie chinoise Yang Jiechi a multiplié les appels avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, et japonais, Seiji Maehara, pour trouver des soutiens à son initiative diplomatique.

Mais Tokyo, sur les dents depuis la montée des tensions en mer Jaune, a réagi négativement à la proposition de Pékin. Le Japon, comme la Corée du Sud, estime qu’une reprise des pourparlers à six reviendrait à récompenser Pyongyang pour ses provocations. Les deux alliés des Etats Unis attendent la position de Washington pour rejeter en bloc la proposition chinoise.

Pour les amadouer, Pékin souligne que la réunion d’urgence proposée ne sera pas une reprise formelle des négociations à six, mais seulement une étape préparatoire à celles-ci. Les pourparlers visant à la dénucléarisation de la péninsule sont dans l’impasse depuis que Kim Jong-il a décidé de les boycotter en avril 2009, et de relancer son programme nucléaire militaire. Mais le torpillage du Cheonan a inversé les rôles: Pékin et Pyongyang plaident désormais pour une reprise des discussions alors que Washington, Tokyo et Séoul jouent la fermeté et exigent des mesures tangibles en matière de dénucléarisation avant de revenir à la table des négociations.

Dans l’immédiat, la priorité des Etats-Unis et de leurs alliés est d’empêcher un nouveau coup de sang nord-coréen. Pyongyang a menacé de mener une «contre-attaque impitoyable», à l’approche du USS Washington présenté à sa population comme l’avant-garde d’une force d’invasion. Sur la ligne de front, la tension est extrême: des détonations ont de nouveau retenti hier au large de Yeonpyeong, faisant craindre une nouvelle attaque et déclenchant l’évacuation urgente de l’île. Sur terre, le long de la zone démilitarisée, l’artillerie du sud s’emballait, déclenchant des tirs par erreur. «Personne ne souhaite que cela tourne au conflit», a affirmé le chef d’état-major des forces américaines, l’amiral Mike Mullen.

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