En octobre, O.J. Simpson, 70 ans, sera libre. Il pourra profiter de tout ce qui va avec la liberté: les bons burgers, la bière fraiche, le droit de parler, et sans doute la possibilité de négocier, une fois encore, son témoignage. La machine à fabriquer des histoires judiciaires repartira de plus belle.

Devenu célèbre d'abord par le football (américain), O.J. Simpson a ensuite été promu au rang de crapule à enfermer ou d'icône noire, selon les points de vue, durant interminable procès qui lui a été intenté pour l’accusation d'assassinat de son épouse et de l'ami de celle-ci, en 1994-1995.

Pourquoi c'est une figure

Arte a récemment diffusé une excellente série documentaire sur le procès et son contexte, OJ Simpson, Made in America. En février dernier, elle a reçu l'Oscar du meilleur documentaire.

L'année passée, The People vs O.J. Simpson, une série de fiction frappant par sa rigueur, suscitée par Ryan Murphy, interprétée notamment par Cuba Gooding Jr (Simpson), John Travolta et David Schwimmer dans les rôles des proches et avocats, a prouvé à quel point la tragédie O.J. Simpson captive toujours l'Amérique, voire au-delà.

Plus que tout autre cas, le procès O.J. Simpson montre à quel point le système judiciaire américain est capable de générer du suspense, du spectacle et du débat – des éléments qui fascinent, même 20 ans plus tard.

A ce sujet: «American Crime Story», la série qui refait le procès d’O.J. Simpson

Un témoignage au bord des larmes

Ce jeudi, heure américaine, la commission concernée a donc annoncé qu'elle acceptait la libération par anticipation de l'ex-star de football américain. L'ancien joueur des Buffalo Bills a témoigné, au bord des larmes, devant la commission des libérations conditionnelles de Carson City, dont les quatre membres ont décidé à l'unanimité de le remettre en liberté. L'ancien joueur s'est alors levé et applaudi.

«Mon engagement est de changer pour être une meilleure personne», a déclaré O.J. Simpson devant la commission. «Si j'avais fait preuve d'un meilleur jugement à l'époque, rien de tout cela ne serait arrivé», a-t-il poursuivi à propos du vol à main armée de deux marchands de souvenirs sportifs, en septembre 2007. Il a été condamné en octobre 2008 à une peine de neuf à 33 ans d'incarcération.

Un braquage pour des trophées sportifs

Pour cette audition, O.J. Simpson s'est exprimé par vidéoconférence depuis sa prison de Lovelock. L'audience a été retransmise en direct par les grandes chaînes d'informations américaines.

O.J. Simpson s'était rendu en septembre 2007 en compagnie de cinq complices, dont deux étaient armés, dans un hôtel-casino de Las Vegas pour dérober des souvenirs sportifs. L'ex-athlète a affirmé qu'il essayait simplement de récupérer ces objets qui lui avaient été volés par les deux vendeurs spécialisés dans ce type de marchandises qui ont été agressés par le groupe.

Atout de taille, l'une des victimes du vol de 2007 a témoigné pour plaider en faveur de sa libération. «Je n'ai jamais pensé que ce délit méritait une peine aussi longue», avait déclaré auparavant Bruce Fromong, sur CNN.


Un procès retransmis en direct pendant neuf mois

Né à San Francisco le 9 juillet 1947, O.J. Simpson est devenu célèbre dans les années 1970 grâce à ses performances au sein de l'équipe des Buffalo Bills. Séduisant, charismatique, il a conservé une popularité immense bien après sa retraite de la NFL en 1979, poursuivant notamment une carrière d'acteur.

Mais le 12 juin 1994, son ex-femme Nicole Brown – ils ont été mariés de 1985 à 1992 – est découverte morte à Los Angeles dans une mare de sang, au côté de son ami Ronald Goldman, lui aussi sauvagement assassiné. Après une poursuite en voiture de plusieurs heures, suivie en direct par des millions de téléspectateurs, O.J. Simpson est arrêté par la police.

Au terme d'un procès spectaculaire retransmis pendant neuf mois en direct à la télévision, un jury de Los Angeles l'acquitte. Cette décision provoque une vague d'indignation aux relents de racisme, car l'ex-joueur est noir et les deux victimes étaient blanches.

Son acquittement au pénal ne l'a pas empêché d'être reconnu responsable de leur mort lors d'un procès civil en 1997. Il a été condamné à payer plus de 33 millions de dollars à leurs familles, ce qu'il n'a jamais fait. (AFP)