Nouvelle consécration pour Olivier Besancenot. Le facteur trotskiste, qui a obtenu 4,08% des voix à la dernière présidentielle, est l'invité le 11 mai de «Vivement dimanche», programme de divertissement animé par Michel Drucker sur France 2. «Au lieu de s'adresser à nos militants, il va parler à quatre, cinq ou six millions de personnes», se félicite Alain Krivine, le dirigeant historique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), dont Olivier Besancenot est le porte-parole.

Passer dans une émission où l'on parle famille et cuisine, regardée par un public plutôt âgé et conservateur, n'a rien de naturel pour un activiste de la gauche radicale. Un cadre de la LCR a d'ailleurs été évincé pour avoir critiqué une démarche jugée trop people par certains militants de la vieille école. «Mais ça n'a pas semé la zizanie chez nous; en gros, tout le monde était d'accord», affirme Alain Krivine. Il rappelle qu'Olivier Besancenot a déjà fait «bien pire» en acceptant les invitations d'animateurs comme Thierry Ardisson ou Marc-Olivier Fogiel.

La LCR jure que l'émission, qui a déjà été enregistrée, ne fera aucune mention de la femme, du fils ou de la vie privée de son porte-parole. Le sujet est d'autant plus sensible que ce dernier s'est plaint cette semaine d'avoir été espionné par une officine, qui aurait épluché ses comptes bancaires et repéré son domicile (une enquête a été ouverte pour identifier le commanditaire de l'opération). «Vivement dimanche» sera au contraire l'occasion pour Olivier Besancenot de parler politique et de faire avancer son nouveau projet, la création d'un parti anticapitaliste qui remplacerait la LCR.

Abolir la propriété privée

Des centaines de comités locaux auraient déjà été mis sur pied dans ce but et un «congrès constituant» pourrait se tenir à la fin de l'année. La nouvelle formation aura pour but d'abolir la «propriété privée des principaux moyens de production» et d'aboutir à un système où la «population elle-même» dirigera «la marche de la société et de l'économie» à travers des assemblées de travailleurs. Le tout, en principe, sans violence.

Dans l'immédiat, la cible des anticapitalistes tendances Besancenot n'est pas l'Etat bourgeois, mais le Parti socialiste. La LCR refuse toute alliance avec lui et entend, grâce au projet de nouveau parti, récupérer des pans de l'électorat de gauche frustré par les hésitations du PS et le déclin du Parti communiste. La popularité d'Olivier Besancenot est un atout de taille: selon un sondage de l'institut TNS-Sofres, il recueille 52% d'opinions favorables à gauche et 36% de la population souhaite lui voir jouer un rôle important à l'avenir. A terme, le nouveau parti anticapitaliste vise des scores électoraux dépassant 10%.

On en est encore loin. Car avant, il faudra dépasser les divisions entre les innombrables courants qui composent la gauche radicale. La minuscule Ligue trotskiste française, par exemple, dénonce dans la création du nouveau parti un acte de «collaboration de classes avec la bourgeoisie». En France, on peut toujours trouver plus à gauche que soi.