Après plusieurs siècles d'occupation portugaise et deux décennies de présence indonésienne, le Timor-Oriental vient de célébrer ses six ans d'indépendance. Le point avec Olivier Langoissieux, chargé de mission dans l'île pour le Centre Lebret-Irfed, réseau de solidarité internationale.

Le Temps: Quel bilan tirez-vous, après six ans d'indépendance?

Olivier Langoissieux: Le pays a du mal à se stabiliser politiquement. Le premier gouvernement, essentiellement composé de membres de la diaspora, a eu à cœur de se couper du peuple. Il est tombé fin 2006. Les élections de 2007 ont montré une certaine maturité politique, puisque sept candidats se sont présentés à la présidentielle. Cependant, aux législatives, aucun parti n'a obtenu la majorité et des alliances ont dû être constituées. Les tensions semblent diminuer depuis la mort du commandant rebelle Reinado, tué au cours de l'attentat manqué contre le président Gusmao en février dernier. Plusieurs de ses hommes se sont rendus récemment.

- Qu'en est-il de la situation économique?

- Le premier gouvernement a fait baigner le Timor dans une sorte de formol en rejetant le développement du service public, la croissance de l'économie locale et la reconstruction des infrastructures. La moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, la société est très peu monétarisée; rares sont ceux qui ont l'idée de créer une entreprise. Le pays manque de ressources humaines, il y a énormément d'analphabètes. Toute l'économie repose sur la présence des Nations unies et des ONG. Le taux de chômage est très élevé et les jeunes des campagnes partent vers la capitale dans l'espoir de trouver un emploi dans ces organisations. L'augmentation du prix de l'essence et des matières premières a encore aggravé la situation. Le sac de riz est passé de 16 à 27 dollars. Le gouvernement a distribué quelques subsides, notamment le jour de la fête de l'Indépendance le 20 mai dernier, mais les granges sont vides.

- N'y a-t-il pas un élément positif à dégager de ces six années?

- L'accord pétrolier du «Timor Gap» (ndlr: zone de mer située entre le Timor-Oriental, l'Indonésie et l'Australie) a été plutôt bien négocié. Une partie des gains dégagés commence à revenir aux Timorais. Le pays possède aussi des gisements de gaz, mais n'a pas les moyens de les exploiter.

Conférence et exposition sur le Timor-Oriental ce jeudi à partir de 18heures à la Maison des associations, à Genève.