Alaa El Aswany Ecrivain égyptien

Depuis le succès phénoménal de L’Immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006) dans le monde entier, Alaa El Aswany compte parmi les écrivains engagés les plus connus d’Egypte. Militant de la première heure du mouvement Kefaya (Ça suffit), ses romans dénoncent la dictature, la corruption et les soutiens occidentaux au régime de Moubarak. Depuis mardi, il est dans la rue, avec ses concitoyens.

Le Temps: Que ressentez-vous? Alaa El Aswany: Une immense fierté pour mon peuple. Nous assistons à une révolution au vrai sens politique du terme. Dans toutes les villes, tous les villages d’Egypte, les gens sont dans la rue. Ils demandent non seulement la fin du système en cours mais aussi un vrai changement social. Ils veulent une nouvelle Egypte, juste et égalitaire.

– A quoi ressemblent vos journées depuis mardi, jour du début des manifestations? – Je suis dans la rue en permanence. On dort très peu. C’est une expérience unique. Parler dans la rue, devant 40 000 personnes qui vous demandent spontanément de prendre la parole, c’est très impressionnant. Pour la première fois, j’ai ressenti ce que le mot peuple veut dire. Je regarde tous ces gens et je me demande d’où ils tirent cette force, ce courage. Hier, l’armée a tiré sur nous, un homme est tombé mort à quelques mètres. Personne n’a reculé dans la foule. J’ai toujours cru que le peuple allait se soulever. Une dictature ne repose pas sur la force mais sur la peur. Le régime persuade le peuple qu’il est faible et qu’il doit se taire. Une fois que la barrière de la peur est dépassée, le régime s’écroule. Moubarak va disparaître.

– Vous avez un nouveau roman en préparation? – Il s’appelle l’Automobile club. Il doit paraître avant l’été. J’espère qu’il verra le jour dans l’Egypte nouvelle!