L’accord sino-suisse révélé dimanche par la «Neue Zürcher Zeitung» suscite la polémique. Il permet à des agents de la sécurité chinoise d’interroger de présumés Chinois en situation irrégulière sur le territoire suisse. Le directeur du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a expliqué au «Temps» qu’il s’agit de permettre l’identification indispensable pour procéder, le cas échéant, à un renvoi sous réserve des risques de persécution. Mario Gattiker affirme notamment ne pas avoir connaissance de renvois concernant des Ouïgours. Le sort de cette minorité persécutée pousse «Le Temps» à reproduire ce témoignage inédit recueilli par nos confrères de «Libération».

«Toutes les femmes âgées de 18 à 50 ans de mon quartier, à Urumqi [la capitale du Xinjiang, ndlr], ont été convoquées le 18 juillet 2017 pour un «examen gratuit» obligatoire. A 8 heures, la queue était déjà très longue devant l’hôpital. Quand ça a été mon tour, il n’y a pas eu d’examen gynécologique, ni d’entretien. On m’a fait m’allonger et écarter les jambes, et on m’a introduit un stérilet. Ça a été d’une violence terrible. Je pleurais, je me sentais humiliée, agressée sexuellement et mentalement. Mais je travaillais dans un camp, je savais ce qui m’attendait si je refusais. Il y avait des filles très jeunes. Je n’ai pas vu une seule Han [l’ethnie majoritaire en Chine].»

Qelbinur Sidik Beg a alors 48 ans, et une fille unique qui suit des études de biologie médicale en Europe. Avoir un second enfant n’aurait pour elle rien d’illégal, puisque la Chine a mis fin il y a quatre ans à la politique de l’enfant unique et que les minorités de la province du Xinjiang avaient droit, jusqu’en 2016, à trois enfants. Mais elle appartient à l’ethnie ouïgoure, comme environ 11 millions de musulmans turcophones, persécutée par le régime communiste.