Aviation

«On ne peut pas procéder à un contrôle complet des avions»

Trois questions à l'accidentologue genevois Ronan Hubert à propos du crash de l'Airbus d'EgyptAir

Ronan Hubert est accidentologue au B3A, Bureau d'Archives des Accidents d'Avions.

Le Temps: L'Airbus d'EgyptAir a quitté les écrans radar sans que les pilotes aient pu émettre un message d'urgence, quelles sont les hypothèses possibles à ce stade pour expliquer qu'un avion disparaisse ainsi instantanément?

Ronan Hubert: Il n' y a que quelques scénarios possibles, comme la détonation d'un engin explosif, ou un problème de dépressurisation explosive de la cabine suite à la présence de «criques», des fissures sur la carlingue de l'avion: cela s'est vu sur des Boeings en Asie. Il ne s'agit pas de dépressurisation lente comme lors de ce crash en Grèce en 2005, quand les gens ont lentement perdu connaissance. Ici je parle de flot d'air non pressurisé qui pénètre dans l'appareil; si la carlingue se déchire, le cocon qu'est l'avion explose instantanément. Cela s'est passé fréquemment dans l'histoire, il s'agit d'un problème de carlingue, généralement dû à un problème d'entretien. On sait que l'avion date de 2003, c'est tout à fait normal, ce n'est pas un vieil avion, mais c'est possible.  Enfin il y a aussi l'hypothèse d'un missile, ce qui ne semble pas être le cas ici.

– L'hypothèse d'un attentat est renforcée par le contexte géopolitique, l'Etat islamique a revendiqué l'attaque contre un appareil russe en octobre au-dessus du Sinaï. Une bombe avait été introduite dans l'avion. L'A320 disparu cette nuit était arrivé à Paris en provenance du Caire, il était aussi passé par Tunis, quelles sont les procédures de vérification d'un appareil avant son redécollage?

– Il faut être très honnête, si tous les avions arrivant sur un aéroport international devaient être fouillés par une autorité comme la police, les avions ne partiraient jamais à l'heure et les aéroports seraient absolument congestionnés. On ne peut pas procéder à un contrôle complet des avions. On part du principe que l'aéroport est un endroit sécuritaire, une zone aseptisée, toutes les personnes ayant accès au tarmac sont contrôlées - personnel de nettoyage, personnel navigant, équipes de sécurité... Tous les bagages aussi sont contrôlés. Moi-même je travaille à l'aéroport de Genève et je ne peux évidemment pas pénétrer avec un couteau ou une arme. Si une bombe a été placée à bord, cela signifie que quelqu'un a permis à cet objet d'être placé dans l'avion, mais à ce stade, il est impossible de dire si cela aurait été fait au Caire ou à Paris ou ailleurs. Il peut y avoir des connivences et des personnes qui laissent des objets passer. L'attentat contre l'A321 de la compagnie russe Metrojet en octobre en Egypte montre qu'il y a eu des couacs, quelqu'un a permis à l'objet de pénétrer. Mais ce sont toujours des équipes qui sont chargées des contrôles - il y a plusieurs personnes aux portiques, plusieurs personnes qui vérifient les tapis - c'est la même procédure que pour les passagers. S'il y avait connivence, ce serait de la part de plusieurs personnes, pas d'une seule.

– Comment pourra-t-on être fixé sur les causes du crash?

– L'équipage était expérimenté, l'avion volait à 37 000 pieds, son altitude assignée; l'équipage venait de quitter le contrôle aérien grec et s'était engagé avec le contrôle égyptien, dans cette zone on est constamment en contact radio avec des contrôles car la Méditerranée est couverte par les radars, il n'y a pas un seul endroit «blinded». Le réflexe d'un équipage c'est d'informer, s'il a la possibilité d'émettre un message - s'il ne l'a pas fait c'est que cela a été instantané. Dans l'ordre ce qui compte maintenant c'est de trouver les victimes pour que les familles puissent faire leur deuil, trouver les boites noires qui permettront de comprendre ce qui s'est passé dans le cockpit - l'avion a-t-il perdu le cap, de l'altitude? Cela ne semble pas être le cas. Enfin sur cette base il faudra analyser les débris qu'on trouve; quand il y a une bombe, on trouve des traces d'explosif, et quand l'explosif a été déterminé, on regarde ensuite quel groupe ou quel pays l'utilise. Et on pourra déterminer où la bombe a été placée. Ce qui se passe à Roissy est mauvais pour tous les aéroports.


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