Fallait-il, vendredi dernier, envoyer Sirven en Europe par le vol Lufthansa de 23 h 57, au risque qu'il soit arrêté par la police de Francfort sur le chemin du retour? Pourquoi ne pas l'avoir embarqué sur le vol Air France qui a décollé de Manille à 19 h 40, soit plus de quatre heures après l'arrestation du personnage par les agents spéciaux philippins et les deux policiers français? Ou bien avoir attendu, le lendemain, l'arrivée du jet Falcon affrété par le gouvernement français? La polémique bat son plein à Paris.

Vendredi soir, la confusion était à son comble dans les bureaux du National Bureau of Investigation (NBI) philippin, au point que Sirven, très décontracté, a glissé à un journaliste présent: «On pourrait en profitait pour se casser.» Un accord avait été passé entre la police française et l'immigration philippine pour que Sirven ne parte que le samedi matin et passe la nuit dans les locaux du NBI. Mais, admonesté par Paris quant aux risques que cela comportait, le commissaire Delabrousse a essayé de brusquer le cours des événements et, après avoir obtenu le feu vert de l'immigration philippine, a pris avec Sirven le vol de la Lufthansa en direction de Francfort.

Cette précipitation s'explique aussi par le fait que, selon la loi philippine, un tribunal local peut évoquer une affaire impliquant un étranger arrêté sur le territoire philippin si celui n'a pas été expulsé 12 heures après son arrestation. Cela ouvrait la possibilité d'un séjour prolongé de Sirven à Manille, avec tous les risques de «disparition» que cela comporte. Le secrétaire à la justice sortant, Artemio Toqueiro, est en effet le numéro deux de Iglesia Ni Cristo, une puissante secte locale soupçonnée d'avoir protégé Sirven et la famille de sa compagne Vilma. Bien qu'ayant été forcé au départ après la chute du gouvernement Estrada, Toqueiro reste influent auprès des services judiciaires philippins.