Les remous provoqués par le plan d’économies renforcé présenté par le premier ministre Georges Papandréou se multiplient en Grèce. Jeudi, des militants du Front de la lutte syndicale ont occupé l’entrée du Ministère des finances pour protester contre des coupes prévues de 7 milliards de francs. Président du Syriza, coalition de la gauche radicale grecque, Alexis Tsipras est souvent perçu comme le «Besancenot» grec. Mercredi, il s’est insurgé à Bruxelles contre l’exécutif grec qui est prêt à «sacrifier la société grecque et à jeter ses acquis au feu». Il explique au Temps la détermination de son mouvement à résister à l’austérité.

Le Temps: Pourquoi résistez-vous au plan d’austérité? La Grèce, écrasée par une dette de 300 milliards d’euros, peut-elle s’en passer?

Alexis Tsipras: Les mesures gouvernementales ne sont pas justifiées. Une économie ne peut pas réduire sa dette et ses déficits publics sans croissance économique. Ce plan risque de plonger la Grèce dans la récession qui va détériorer encore davantage l’économie grecque. Pour satisfaire les spéculateurs actifs sur les marchés mondiaux et le lobby économique de l’Union européenne, le gouvernement est prêt à abolir la législation qui protège les travailleurs et à diluer le système de sécurité sociale. Seule une réaction sociale massive peut bloquer ces mesures d’austérité.

– Si les travailleurs ne doivent pas contribuer à l’effort d’austérité, qui doit le produire?

– Le coût de la crise doit être assumé par ceux qui, au cours de la dernière décennie, ont accumulé d’énormes bénéfices. Le problème de la Grèce existe dans toute l’Europe. Il relève des attaques spéculatives sur les obligations de l’Etat grec et le refus des Européens d’intervenir. Maintenant, on demande aux travailleurs de payer les pots cassés. C’est particulièrement injuste dans la mesure où ils sont les derniers à blâmer pour les problèmes actuels.

– Comment réagissez-vous à l’attitude allemande envers la Grèce?

– Le pouvoir allemand pense qu’il n’a pas à prendre en compte les conditions économiques divergentes au sein de l’UE quand il élabore sa politique budgétaire. Pour les Allemands, il paraît tout à fait raisonnable d’avoir une inflation plus faible que la zone euro, des salaires stagnants et de compter sur les exportations plus que sur la demande intérieure. Les exportations de l’Allemagne équivalent à celles cumulées des pays appelés PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne). Ces pays ne pourront pas surmonter leurs problèmes sans que leurs exportations augmentent par une stimulation de la consommation interne en Allemagne.

– Georges Papandréou réussit-il à vous convaincre?

– Non, il revient totalement sur ses promesses électorales. Il agit désormais de pair avec ceux qui veulent ramener la société grecque cent cinquante ans en arrière en démolissant le système des retraites notamment.