France

Onze candidats pour l'Elysée, le show présidentiel français est lancé

Ils seront donc onze à briguer, en France, la présidence de la République. Le Conseil constitutionnel a validé la liste finale ce samedi. Mais le trio de tête des sondages Le Pen-Macron-Fillon reste bien arrimé

C'est parti. Le show présidentiel français peut vraiment commencer. Les principaux acteurs, lancés depuis plusieurs mois, viennent de se faire rejoindre par une série de candidats souvent figurants, mais dont l'histoire politique a montré qu'ils peuvent révéler des surprises. Il y avait seize candidats sur la ligne de départ en 2002, douze en 2007 et 10 en 2012.

Deux faits à retenir d'emblée, après la validation de la liste finale des onze candidats à la présidence de la République par Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, suite à la confirmation de leurs 500 parrainages d'élus indispensables. Le premier est la présence de deux candidats d'extrême-gauche (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou) aux côtés du candidat de la gauche radicale déjà bien installé sur le créneau «révolutionnaire», Jean-Luc Mélenchon. Le second est la qualification de deux candidats souverainistes-nationalistes dont les thèses se confondent souvent avec celles de Marine Le Pen, en particulier dans leur dénonciation virulente de l'Union européenne: Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau.

Un courant sera lui, absent de la compétition reine de la politique française: les écologistes ont finalement renoncé à présenter leur candidat malgré la pré-sélection du député européen Yannick Jadot par une primaire en ligne fin 2016. Les Verts français, en pleine crise d'identité, ont choisi une alliance avec le candidat socialiste Benoît Hamon en échange d'un accord d'investitures pour les législatives de juin 2017 qui suivront la présidentielle.

◼ Cette liste de onze candidats peut-elle bouleverser la compétition?

Étonnamment, la réponse est oui. Il ne faut jamais oublier que cette élection présidentielle française s'annonce unique car si Marine Le Pen se qualifie pour le second tour - comme tous les sondages le prédisent - son adversaire aura de très fortes chances d'être élu, en regroupant sur son nom un «Front républicain». Conséquence: la bataille pour le premier tour du 23 avril n'a jamais été aussi déterminante et tout pourrait se jouer dans un mouchoir de poche électoral. Plus les voix des 44 millions d'électeurs français se disperseront, plus l'abstention sera élevée... plus l'issue de ce scrutin peut être bouleversée et plus les sondages (qui donnent actuellement, pour le premier tour, Le Pen en tête, Macron en seconde place et Fillon en troisième position) peuvent être démentis.

◼ La compétition se complique-t-elle à gauche?

Oui, c'est l'évidence. Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et Jean-Luc Mélenchon - en meeting ce samedi à la Bastille à Paris - représenteront les différents courants de l'extrême gauche et de la gauche radicale. Un bis répetita par rapport au scrutin présidentiel de 2012 qui s'était terminé par les résultats suivants: 0,56% des voix pour Arthaud, 1,15% pour Poutou et 11,1% pour Mélenchon. La conséquence de cette compétition «révolutionnaire» est de compliquer encore plus la tâche pour le socialiste Benoit Hamon (crédité de 12-15% dans les sondages) qui, contrairement à François Hollande il y a cinq ans, est confronté à la concurrence d'Emmanuel Macron au centre de l'échiquier politique. Or une partie du PS soutient Macron comme on l'a encore vu ce samedi, lors du discours sur la défense de l'intéressé à Paris: plusieurs collaborateurs de l'actuel ministre PS Jean-Yves Le Drian y participaient...

◼ Le souverainisme sera-t-il omniprésent dans les urnes?

Au moins trois candidats sont arc-boutés sur l'idée souverainiste anti-européenne: Marine Le Pen pour le Front national (18% des voix en 2012), grande favorite du premier tour ; Nicolas Dupont-Aignan (1,7% en 2012) et le surprenant François Asselineau, un inspecteur des finances qui défend le Frexit et la sortie immédiate de l'UE.

Face à cela, le candidat de la droite François Fillon défend, lui, une veine gaulliste de plus grande indépendance vis-à-vis de Bruxelles (centré sur la défense d'une Europe intergouvernementale) , tandis qu'Emmanuel Macron fait confiance aux mécanismes communautaires existants et au couple franco-allemand. Benoit Hamon, résolument européen, défend pour sa part une politique de relance, d'innovation et une démocratisation de la zone euro par la création d'une assemblée parlementaire dédiée.

◼ Quels candidats peuvent surprendre?

François Asselineau et son Frexit - après Trump et le Brexit britannique - pourrait bien occuper pas mal d'espace, d'autant qu'il semble disposer de solides soutiens financiers. Coté spectacle, notons la nouvelle candidature de Jacques Cheminade (après 1995 et 2012 qui l'avait vu finir dernier avec 0,2% des voix) toujours favorable à l'industrialisation de la Lune et toujours prêt à dénoncer les puissances occultes de l'argent roi.

Le plus surprenant des petits candidats pourrait toutefois être le député basque Jean Lassalle, centriste, ex disciple de François Bayrou, connu pour avoir mené plusieurs actions d'éclat comme sa grève de la faim de 36 jours n 2006, à l'Assemblée, pour protester contre le départ d'une usine de sa région, ou sa longue marche de plus de six mois avec les Français en 2013. Conservateur, centriste, affable, charismatique, Jean Lassalle veut être le candidat du pays réel et de la ruralité. Il peut rameuter de nombreux déçus du vote utile, en particulier à droite, vues les affaires qui ébranlent François Fillon.

◼ Qui a raté la marche présidentielle?

Citons cinq personnalités emblématiques. L'ancienne ministre de la défense gaulliste Michele Alliot-Marie, pourtant longtemps figure de proue de la droite française, n'a pas recueilli les 500 parrainages indispensables, de même que le député Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. On peut penser que ces deux-là ont été victimes des mots d'ordre, à droite, de ne plus accorder de parrainages après les primaires de novembre 2016 à des candidats issus eux aussi du parti Les Républicains. Henri Guaino, dit-on, serait ces temps ci courtisé par Marine Le Pen.

L'écrivain Alexandre Jardin, lancé dans un grand mouvement citoyen avec ses «faiseux», a aussi de quoi être déçu. Il a mis le doigt sur de vrais problèmes. Son échec témoigne des difficultés d'être un candidat de la société civile. Il pourrait se rapprocher d'Emmanuel Macron qu'il avait initialement soutenu. 

La centriste Rama Yade, noire, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, espérait une candidature affichant la différence, un peu à la manière de ce que l'ancienne ministre de la justice Christiane Taubira avait fait en 2002. Echec. La voici renvoyée à sa marginalité politique.

◼ Candidat à l'Elysée, cela veut dire quoi?

Maintenant que leurs parrainages d'élus en provenance d'au moins trente départements ont été dépouillés et validés, les onze «qualifiés» doivent déclarer leur patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Ils disposeront ensuite du même temps de parole à partir de mardi, date officielle du lancement de la campagne. Ils recevront chacun une enveloppe d'environ 170 000 euros non-remboursables pour leurs frais de pré-campagne, puis seront remboursés intégralement s'ils dépassent la barre des 5% au premier tour de scrutin. S'ils ne dépassent pas ces 5%, toutes les sommes engagées resteront à leurs charges.

Publicité