Ils seront donc au complet cette fois, sur le plateau de la chaine d'information continue BFM TV à partir de 20h 40, pour trois heures trente de débat. Onze candidats à la présidentielle française, tous validés le 18 mars par le Conseil constitutionnel après avoir obtenu les 500 parrainages d'élus indispensables. Une nouvelle tentative pour plusieurs d'entre eux comme Jacques Cheminade (0,27% en 1995, 0,25% en 2012), Nathalie Arthaud (0,56% en 2012), Philippe Poutou (1,15% en 2012), Nicolas Dupont-Aignan (1,78% en 2012), Marine Le Pen (18,3% en 2012) et Jean-Luc Mélenchon (11,1% en 2012). Et un premier essai pour les autres: Jean Lassalle, François Fillon, Emmanuel Macron, François Asselineau et Benoît Hamon. 

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L'exercice, comme pour le débat du 20 mars entre les cinq «grands» candidats alors crédités de plus de 10% dans les sondages (Macron, Fillon, Le Pen, Hamon et Mélenchon) est inédit. Jusque-là, un seul débat télévisé présidentiel avait lieu en France entre les deux tours. Il s'agissait d'un duel entre les deux finalistes, dont le dernier fut celui qui opposa Nicolas Sarkozy à François Hollande le 2 mai 2012. L'actuel chef de l'Etat avait alors dominé le président sortant avec sa fameuse tirade «Moi président...» qui lui avait permis d'affirmer sa stature. Un face-à-face télévisé est à nouveau prévu entre le 23 avril et le 7 mai prochain. 

Avec 11 débatteurs, le risque d'interactions limitées

Le risque, cette fois, est de voir le spectacle cathodique s'enliser. Le 20 mars dernier, le débat à cinq avait fini par s'éterniser, ce que les règles retenues pour cette seconde confrontation risquent de rééditer. Les onze candidats devront d'abord répondre tour à tour à une première question «Qui êtes vous ?». Ils aborderont ensuite trois thèmes: l'emploi, la protection des Français et le modèle social. L'interaction et les échanges directs risquent d'être limités, car ils avaient sur TF1, voici deux semaines, viré un moment à la cacophonie entre Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Le principal suspense porte en réalité sur la stratégie qu'adopteront les «petits candidats» qu'aucun sondage ne crédite pour l'heure de plus de 5% des suffrages. Le seul à avoir brièvement dépassé ce seuil qui permet le remboursement des dépenses électorales est le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, crédité de 5,5% des voix le 23 mars dans une enquête de l'IFOP. Il est depuis retombé en dessous de cette barre fatidique que la candidate historique de Lutte ouvrière Arlette Laguillier avait franchi en 2002, raflant 5,72% des voix, preuve de l'éparpillement des voix de gauche qui fut alors fatal au premier ministre sortant Lionel Jospin et ouvrit la voie au duel Jacques Chirac-Jean-Marie Le Pen largement remporté par le premier (82,21% contre 17,79%).

Pour gagner plus que les 5 minutes de gloire warholiennes

Côté spectacle, le ténor Jean Lassalle, député-maire centriste des Pyrénées Atlantiques, est un candidat redoutable. Ses grèves de la faim et autres marches à travers la France l'ont rendu populaire et il aime chanter en public, avec talent. Autre personnage qui va tenter d'exister à l'écran: l'ouvrier Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste, maltraité dans l'émission «On n'est pas Couché» de France 2, qui l'a récemment programmé à deux heures du matin, et dont les animateurs sont partis dans un fou rire lors de son intervention. François Asselineau, candidat du «Frexit» - c'est à dire d'une sortie immédiate de la France de l'Union européenne - va tenter de capitaliser sur le Brexit. Il s'agit pour ces candidats de laisser derrière eux une trace cathodique alors que le projet d'un troisième débat le 20 avril sur France 2, soit trois jours avant le premier tour, a du plomb dans l'aile. Jean-Luc Mélenchon a depuis le début fait connaître ses réticences, aussitôt imité par Emmanuel Macron. Le seul des «grands» à avoir répondu positivement pour cette troisième invitation est le socialiste Benoît Hamon, aujourd'hui en difficulté et, dans certains sondages, sous la barre des 10%. 

Deux éléments de suspense

Du côté des principaux «présidentiables», le suspense portera ce soir sur deux aspects. Le premier concerne Emmanuel Macron, désormais cible de tous les assauts de François Fillon, Marine Le Pen et Benoît Hamon. Le candidat «d'En Marche !», parfois hésitant lors du débat télévisé du 20 mars, doit absolument incarner une dynamique positive, alors que la remontée du candidat de la droite semble se concrétiser même si l'écart entre les deux demeure massif (19% contre 25%, soit deux points de mieux pour Fillon dans un récent sondage BVA). François Fillon devra lui s'expliquer sur sa nouvelle sortie controversée de lundi. L'ancien premier ministre, mis en cause pour détournement de fonds publics dans le «Penelopegate» a déclaré qu'il ne »parvenait pas à mettre de l'argent de côté».

Deuxième suspense: Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la gauche radicale a profité à plein de sa belle prestation lors du premier débat. Il est désormais crédité au premier tour de 15% des suffrages, loin devant Benoît Hamon, ce qui ferait de lui - si cela se confirme - le leader naturel pour la recomposition de la gauche française après la présidentielle. 

Vient enfin la question qui fâche: le risque d'ennui et la saturation télévisuelle. «Je ne suis pas favorable à ces débats à répétition entre tous les candidats qui transforment la nature de l'élection. la logique du spectacle devient trop prééminente» nous confiait ce week-end à Genève, lors du festival «Histoire et Cité», l'historien Français Jean-Noël Jeanneney. Les Français semblent néanmoins avoir un autre avis: le 20 mars, le premier débat sur TF1 a été suivi par 11,5 millions de téléspectateurs, soit bien plus que les 8,5 millions pour le débat Juppé-Fillon de la primaire de la droite. Bien loin, toutefois, des 17 millions de personnes qui se trouvaient devant leur écran en 2012, pour le duel Hollande-Sarkozy. 

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