Terrorisme

Opération Sentinelle: l’attaque de trop?

Au lendemain de l’attaque de Levallois-Perret qui a blessé six militaires, le dispositif est sous le feu des critiques dans les médias français, toutes sensibilités confondues

Ils sont déployés sur le sol français pour épauler les forces de l’ordre depuis les attentats de Paris en 2015. Censés protéger la population, ces militaires, jeunes pour la plupart, sont devenus, au fil du temps, des cibles désignées de l’Etat islamique. Au lendemain de l’attaque de Levallois-Perret qui a fait six blessés, l’opération Sentinelle suscite à nouveau la polémique dans la presse française. Accusée de servir de paratonnerre, elle ne serait pas dissuasive, mais attiserait au contraire les ambitions de Daech.

Il s’agit de la sixième attaque terroriste menée en deux ans contre des soldats de l’opération Sentinelle, ce contingent d’au moins 7000 soldats qui quadrillent le territoire depuis plus de deux ans. Alors que lundi encore, la ministre des Armées Florence Parly déclarait que le dispositif «restera[it]en place» tant qu’il serait «utile à la protection des Français», les ajustements annoncés pour cet automne pourraient arriver plus vite que prévu.

«Cibles spectaculaires»

«Protéger, dissuader, rassurer»: la devise de l’opération Sentinelle est unanimement remise en cause, comme dans Le Monde, qui évoque une «controverse». C’est que la récente agression a réveillé les «doutes sur cette mission de protection», estime Le Parisien. Dans une interview d’Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales, le quotidien va même plus loin. «Cette nouvelle attaque sur des militaires prouve-t-elle l’échec de l’opération Sentinelle?» questionne-t-il. Pour le spécialiste, «les militaires sont des cibles spectaculaires et légitimes pour des gens qui veulent s’en prendre au pouvoir». «En 2017, l’uniforme a été sans conteste la cible privilégiée des attaques terroristes en France, renchérit Le Figaro. Qu’il soit porté par des policiers, des gendarmes ou des militaires du dispositif Sentinelle.»

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«Les soldats savent qu’ils représentent des cibles et peuvent subir une attaque à tout moment, au détour d’un escalator ou d’une bouche de métro», tempère La Voix du Nord, qui donne la parole aux principaux intéressés. «L’opération Sentinelle est critiquée pour son manque d’efficacité et sa gourmandise en effectifs. Mais c’est une mission complexe, soutenue par les Français, et durable si l’on en croit les politiques et les chefs militaires», écrit le quotidien.

Rôle de l’armée?

On le voit, la question n’est pas de savoir qui, des civils ou des militaires, est la «moins mauvaise cible», mais plutôt si le rôle de l’armée est de jouer celui de la police. «Les militaires sont installés sur le territoire et dans notre imaginaire collectif dans un rôle qui ne peut être le leur que de manière très conjoncturelle et à la marge», estime Bénédicte Chéron, spécialiste des relations armées-société, interrogée par Le Figaro.

«L’opération se voulait courte, elle s’est installée dans la durée», renchérit Libération. «Jugé risqué, mais surtout peu utile, le dispositif fait de moins en moins consensus», ajoute-t-il. Le quotidien s’illustre surtout avec un dessin pour le moins explicite: des militaires défilant avec un uniforme bardé d'une cible de tir.



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