Ils sont 110 000 déployés à travers le monde pour 20 opérations en cours. Jamais, les personnels des Nations unies en charge du maintien de la paix, dont le Palais des Nations célèbre ce jeudi 60 ans d'existence, avaient été aussi nombreux.

Crise de Suez

En réalité, si l'ONU avait mis au point dès 1948 un Groupe d'observation militaire pour la Palestine, les opérations de maintien de la paix à proprement parler «ont été créées à «chaud» lors de la crise de Suez en 1956», rappelle Victor-Yves Ghebali, professeur honoraire à l'Institut de hautes études internationales. «L'Union soviétique et les Etats-Unis étaient d'avis qu'il fallait arrêter l'invasion de l'Egypte par la Grande-Bretagne, la France et Israël, mais en même temps il fallait trouver une recette magique pour ne pas condamner ces trois pays.» C'est Lester Pearson, ministre canadien des Affaires étrangères, qui eut l'idée d'envoyer une Force d'urgence des Nations unies dans le pays de Gamal Abdel Nasser. Pour différencier ces soldats internationaux des autres militaires, leur casque fut peint du bleu des Nations unies. Les Casques bleus étaient nés. Trente-six ans plus tard, en 1988, leur contribution à la sécurité internationale serait honorée par le Prix Nobel de la paix.

«Pendant la Guerre froide, leur objectif n'était pas de régler les conflits, mais de circonscrire la violence. Depuis, leur mission a changé de nature: elle consiste à consolider la paix, c'est-à-dire à asseoir sur une base durable la paix conclue sur le papier», poursuit Victor-Yves Ghebali. Tâche accomplie, au Mozambique, en Namibie, au Cambodge ou encore au Salvador.

Mais l'histoire des Casques bleus résonne aussi des revers dramatiques: Somalie, Rwanda, Bosnie. «Ce triptyque infernal des années 1990 a conduit à une crise de confiance existentielle, souligne Marc André Boivin, directeur adjoint au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix. Tout en en restant le pilier central, l'ONU a perdu le monopole des opérations de paix et s'est de plus en plus tournée vers les organisations régionales. Le fonctionnement des opérations de paix a également été redéfini pour tenir compte de mandats plus ambitieux: autrefois interétatiques, les conflits sont dorénavant civils, plus diffus et donc plus complexes.»