■ L’après Kadhafi se prépare

Les dirigeants de la contestation ont mis en place un «Conseil national» de transition représentant les villes tombées aux mains de l’insurrection en Libye, a annoncé un porte-parole dimanche.

«La création d’un Conseil national a été annoncée dans toutes les villes libérées de Libye», a déclaré Abdelhafez Ghoqa, lors d’une conférence de presse à Benghazi, deuxième ville du pays et fief de la contestation.

Le conseil est «le visage de la Libye pendant la période de transition», a-t-il dit, ajoutant que les consultations se poursuivent à propos de la composition et de la fonction de ce nouvel organe.

Samedi, l’ancien ministre de la Justice, qui a démissionné lundi dernier, avait déclaré à la chaîne Al-Jazira qu’un gouvernement de transition serait formé pour diriger le pays avant des élections. Il envisage la création d’un gouvernement de transition, en place pour trois mois maximum, chargé principalement de préparer des «élections justes» dans le pays. Moustafa Abdel Jalil a déclaré que le gouvernement envisagé comptera «des personnalités militaires et civiles. Cette décision a été prise «par les membres des conseils locaux dans les régions de l’est libyen».

■ La ville de Zawiyah, à 60 km à l’ouest de la capitale aux mains des opposants

A Zawiyah, à 60 km à l’ouest de la capitale, les autorités qui organisaient un voyage de presse pour des journalistes «invités» par le régime, ont eu la mauvaise surprise de voir des milliers de manifestants défiler, en scandant «à bas le régime, nous voulons la liberté». Selon des témoins, les manifestants anti-Kadhafi semblaient contrôler la ville.

De nombreux opposants étaient armés et certains d’entre eux ont tiré en l’air lors de la manifestation. Les services de sécurité libyens n’étaient pas visibles dans la ville où les journalistes ont été emmenés par l’organisme officiel libyen chargé de la presse, à la suite des combats qui s’y étaient déroulés jeudi.

Les principales villes de l’Est sont aux mains de l’opposition depuis plus d’une semaine et se gèrent de manière autosuffisante, évitant de sombrer dans le chaos. A l’Ouest, certaines cités sont contrôlées par l’opposition, même si le colonel Kadhafi garde le pouvoir dans la capitale et ses environs, ou à Syrte, son fief.

■ Les Etats-Unis offrent leur aide

Les Etats-Unis sont «prêts» à fournir «toute forme d’aide» aux opposants au régime du colonel libyen Mouammar Kadhafi, a déclaré dimanche la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.

«Nous devons d’abord voir la fin de son régime et sans davantage de bain de sang», a-t-elle ajouté, en référence au régime du colonel Kadhafi. «Nous voulons qu’il (Kadhafi) parte et qu’il rappelle ses mercenaires». Les Etats-Unis ne sont «engagés dans aucune négociation» avec le colonel Kadhafi, a-t-elle par ailleurs affirmé.

«Nous avons contacté de nombreux Libyens qui tentent de s’organiser dans l’est (du pays) au moment où la révolution s’étend aussi vers l’ouest», a ajouté Mme Clinton, estimant qu’il était «beaucoup trop tôt pour dire comment cela (allait) évoluer».

■ Le Conseil de sécurité adopte des mesures

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté samedi à l’unanimité une résolution imposant des sanctions sévères au colonel Mouammar Kadhafi, à sa famille et à des proches du régime.

Parmi ces sanctions adoptées par les quinze Etats membres, figurent notamment un embargo sur la vente d’armes et de matériels connexes à la Libye et une interdiction de voyager sur le sol des Etats membres concernant seize personnes, dont Mouammar Kadhafi, sept fils et sa fille et des personnes intimement liées au régime.

Par cette résolution, les membres du Conseil de sécurité considèrent que «les attaques systématiques» contre la population civile en Libye actuellement menées «peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité».

Le Conseil de sécurité a décidé de transférer au procureur à la Cour pénale internationale (CPI) «la situation en Libye depuis le 15 février» et demande aux autorités libyennes de «coopérer pleinement» avec le tribunal.

Cette mesure a fait l’objet de longues discussions entre les Etats membres, certains ayant soulevé des objections, selon des diplomates.

Les membres du Conseil demandent en outre la fin immédiate des violences et que des mesures soient prises pour répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen. Il exhorte les autorités libyennes à agir «avec la plus grande retenue», à «assurer la sécurité de tous les étrangers», à «assurer le passage sûr des fournitures humanitaires et médicales» et à «lever immédiatement toutes les restrictions sur toutes les formes de médias».

Les Etats membres ont enfin décidé d’imposer un gel des avoirs financiers concernant le colonel Kadhafi, quatre de ses fils et un proche du régime.

■ Kadhafi «doit partir maintenant»

Le président américain Barack Obama a déclaré samedi que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi devait «partir maintenant» car il a perdu la légitimité pour rester au pouvoir, selon un communiqué de la Maison Blanche.

■ Il y a une «volonté de changement», reconnaît Seif Al-Islam

Seif Al-Islam, un des fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a reconnu samedi qu’il y avait une «volonté intérieure de changement» exprimée par l’opposition, lors d’une interview à la chaîne al-Arabiya. Mais, les manifestants libyens sont manipulés, a-t-il affirmé, ajoutant que la situation est «excellente» dans les trois-quarts du pays.

■ Des mercenaires tirent sur des manifestants à Musratha, calme pesant à Tripoli

Des «mercenaires» emmenés par des hélicoptères du régime du colonel Mouammar Kadhafi ont ouvert le feu samedi sur des manifestants qui se rendaient aux funérailles de victimes dans des combats la veille à Musratha, la troisième ville de Libye, a indiqué un témoin.

Deux hélicoptères ont déposé les «mercenaires» dans cette ville située à quelque 150 km à l’est de Tripoli, a précisé ce témoin, joint par téléphone par l’AFP. On distinguait les tirs au téléphone.

La veille, un habitant a indiqué que la ville avait été désertée par les loyalistes au régime de M. Kadhafi, mais que des affrontements avaient eu lieu sur une base aérienne située à proximité qui ont fait «une trentaine de martyrs parmi nos combattants».

De violents combats meurtriers avaient opposé ces derniers jours à Musratha partisans du régime «appuyés par des mercenaires africains» et manifestants, selon plusieurs témoignages.

Les violences dans le pays ont fait de 300 à plus de 1.000 morts, selon les sources.

En revanche, les rues étaient quasi désertes samedi à Tripoli, où seuls des 4X4 des forces loyales au régime de Mouammar Kadhafi circulaient par intermittence au lendemain des tirs contre des manifestants dont six au moins ont été tués, selon un témoin.

Il n’y a pas eu de manifestations anti-régime dans la journée à Tripoli, aucun appel à descendre dans la rue n’ayant été relayé par SMS ou le site Facebook, a-t-il précisé sous couvert de l’anonymat, joint par l’AFP au téléphone. Le régime de Kadhafi «contrôle toujours Tripoli», a-t-il poursuivi.

Pendant ce temps, les évacuations des ressortissants étrangers en Libye continuent.

■ La Turquie s’oppose à des sanctions

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’est prononcé contre toute sanction à l’encontre de la Libye, estimant que ce serait le peuple libyen qui en souffrirait et accusant les grandes puissances de «calculs» concernant les ressources pétrolières du pays.

■ Les Etats-Unis gèlent les avoirs, la France les place «sous surveillance»

Le président américain Barack Obama a signé vendredi un décret présidentiel gelant les avoirs et bloquant les propriétés aux Etats-Unis du colonel Kadhafi et de ses quatre fils.

Les Etats-Unis ont par ailleurs indiqué qu’ils soutenaient fortement la création d’une commission d’enquête indépendante réclamée hier par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur les exactions commises par le régime du colonel Mouammar Kadhafi.

De son côté, la France a appelé samedi les opérateurs financiers à signaler tout mouvement suspect autour des avoirs du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de ses proches, a annoncé la cellule anti-blanchiment du ministère de l’Economie et des Finances, Tracfin.

■ «Kadhafi ne contrôle plus la situation en Libye»

«Il semble que Kadhafi ne contrôle plus la situation en Libye», a affirmé samedi à Rome le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

■ La crise libyenne aura des «répercussions sur la croissance mondiale»

La crise libyenne aura des répercussions sur la croissance dans le monde et tout particulièrement en Italie, a prévenu samedi le gouverneur de la Banque d’Italie Mario Draghi.

«Les événements dramatiques auxquels nous assistons risquent de porter atteinte aux investissements pétroliers dans la zone et augmenter les prix de l’énergie, avec des répercussions sur la croissance mondiale», a déclaré M. Draghi lors d’une conférence économique à Vérone dans le nord de l’Italie.

■ A Genève, 350 personnes ont manifesté

Environ 350 personnes, dont de nombreux jeunes et enfants, ont manifesté samedi après-midi à Genève leur soutien au peuple libyen. Le cortège a défilé sans heurts de la place Neuve au Palais Wilson, siège du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

«Honte à ceux qui ont soutenu ces régimes ou qui soutiennent encore les régimes qui vont, j’en suis sûr, aussi tomber», a déclaré devant la foule le président des Verts Suisse, le Genevois Ueli Leuenberger. Il a ensuite lancé un appel à boycotter les 330 stations d’essence Tamoil en Suisse. «La couleur rouge sort de ces stations-service», a-t-il dénoncé.

A l’origine, deux manifestations distinctes devaient avoir lieu dans les rues de Genève, l’une organisée par l’association Droits pour tous et l’autre par 33 organisations politiques, syndicales et des droits humains. Les organisateurs ont finalement décidé de faire cause commune.

Dimanche, une délégation d’environ six personnes partira de Genève pour Benghazi, à 1000 km à l’est de Tripoli, a annoncé un militant libyen réfugié politique en Suisse, Omar Waheishi, qui en fera partie. Elles apporteront des médicaments et tenteront de savoir ce qui se passe réellement sur place.