Balkans

Les opposants à la Macédoine du Nord n’ont pas dit leur dernier mot

La Grèce consent à ce que son voisin porte le nom de Macédoine du Nord. Skopje espère ainsi se rapprocher de l’Union européenne. Mais le compromis doit encore être validé par les parlements des deux pays

C’est l’un de ces conflits «gelés» depuis des décennies dont les Balkans gardent toujours le secret. Depuis l’éclatement de la Yougoslavie et l’accession à l’indépendance, en 1991, de l’ancienne République fédérée de Macédoine, Athènes refuse qu’un Etat indépendant porte le nom de «Macédoine», considéré comme appartenant de manière exclusive au patrimoine hellénique. La Grèce oppose même son droit de veto à toute accession de son petit voisin septentrional à l’OTAN ou à l’Union européenne.

La «querelle du nom» détermine l’avenir du pays. Saluant l’accord annoncé mardi après-midi, le premier ministre macédonien, Zoran Zaev, s’est donc exclamé: «Nous sommes en train de résoudre un conflit qui nous bloquait depuis plus de deux décennies. Avec cette solution, nous avons choisi l’avenir. Nous avons entre les mains la clé nous permettant d’ouvrir la perspective européenne.»

Bombe à retardement

La partie n’est pourtant pas encore gagnée, car il faut que l’accord soit validé par le parlement grec et, côté macédonien, par un référendum. Or, depuis que les pourparlers ont repris entre les deux pays, après l’accession au pouvoir des sociaux-démocrates macédoniens en avril 2017, la question a cristallisé de fortes oppositions. Les Grecs indépendants, la formation de droite nationaliste du ministre de la Défense Petros Kammenos, partenaire junior du gouvernement dirigé par Syriza, a déjà exprimé son opposition.

Ce qui signifie qu’Alexis Tsipras devra trouver le soutien des élus de centre gauche du PaSoK pour faire valider l’accord par la Vouli, le parlement hellénique. Alors que Syriza aborde en position de grande faiblesse les élections législatives de 2019, la question de la Macédoine est une bombe à retardement que l’opposition conservatrice ne manquera pas d’utiliser.

Comment désigner les habitants

Côté macédonien, les nationalistes du VMRO-DPMNE, au pouvoir de 2006 à 2017, ont déjà annoncé de façon incompréhensible qu’ils rejetaient l’accord, et le président de la République, Gjorge Ivanov, issu de leurs rangs, a claqué la porte d’une réunion avec le premier ministre Zaev mercredi après-midi.

A priori, l’accord est pourtant très satisfaisant pour Skopje. Outre le nom du pays, il prévoit que les habitants du pays s’appelleront les «Macédoniens» ou bien les «citoyens de la République de Macédoine du Nord», tandis que leur langue s’appellera toujours le macédonien, alors qu’Athènes demandait qu’elle prenne le nom de «langue slavo-macédonienne».

Pour valider le compromis, la Macédoine devra de toute manière changer sa Constitution, ce qui suppose un référendum. La minorité albanaise pourrait bien avoir un poids décisif lors de la consultation, prévue en septembre. Beaucoup d’Albanais de Macédoine, qui représentent un quart de la population du pays, pourraient être tentés par l’abstention. Pour les mobiliser, le gouvernement Zaev devra donc faire de nouvelles concessions aux partis politiques albanais, ce qui risque de renforcer l’opposition des secteurs les plus nationalistes de l’opinion macédonienne.

Vieux et lourds traumatismes

Outre les bisbilles politiciennes, la question de l’identité réveille de vieux et lourds traumatismes dans un pays toujours ballotté aux vents de l’histoire. Le territoire de l’actuelle République résulte du partage de la région historique de Macédoine, en 1913, à l’issue des guerres balkaniques. Celui-ci était habité par des Grecs, des Albanais, des Turcs, des Aroumains, des Roms et des Slaves, qui se sont affirmés au cours du XXe siècle comme des «Macédoniens», mais qui ont longtemps été considérés par Belgrade comme des «Serbes du Sud» et par Sofia comme des «Bulgares de l’Ouest».

Skopje vient enfin de normaliser ses relations avec la Bulgarie, mais, dans les Balkans, rien n’est plus dangereux que de toucher aux symboles et aux identités nationales. En Grèce comme en Macédoine, les opposants à l’accord annoncent déjà des manifestations.

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