Un curieux duel télévisé à distance s'est tenu jeudi soir entre Donald Trump et Joe Biden. Les deux candidats s'exprimaient en même temps, sur deux chaînes différentes depuis la Floride et la Pennsylvanie. Deux Etats-clés remportés par le milliardaire en 2016 mais où Joe Biden apparaît en mesure de disputer la victoire.

Ils ont affiché leurs styles radicalement opposés et leurs profonds désaccords sur la gestion de la pandémie, à 19 jours de la présidentielle. «Nous sommes dans une situation où nous avons plus de 210 000 morts et qu'est-ce qu'il fait? Rien», a dit le candidat démocrate sur ABC d'un ton calme, se posant en rassembleur d'une Amérique divisée.

«Nous avons fait un travail fantastique (...). Les vaccins arrivent et les traitements arrivent», a lancé presque au même moment le locataire de la Maison-Blanche sur NBC.

Refus de condamner explicitement la mouvance QAnon

Tendu, agressif, s'agaçant des questions qui lui étaient posées en particulier sur les raisons pour lesquelles il portait si peu le masque, Donald Trump a refusé tout mea culpa. «Je suis président, je dois voir des gens (...). Je ne peux être enfermé dans une magnifique pièce quelque part dans la Maison-Blanche», a-t-il ironisé.

Le président républicain s'est par ailleurs refusé à condamner explicitement la mouvance conspirationniste QAnon. «Je ne connais rien de QAnon», a-t-il affirmé avant d'assurer qu'il était d'accord avec leurs positions « contre la pédophilie».

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Le contraste était saisissant avec son adversaire démocrate, qui fait la course en tête dans les sondages et répondait aux questions de l'audience dans un registre nettement plus calme.

Biden se pose en rassembleur

Une fois l'émission terminée, Joe Biden est même resté une trentaine de minutes de plus sur le plateau pour répondre, hors micro, aux spectateurs, sans doute conscient que les images seraient diffusées sur la chaîne.

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Il faut «écouter l'autre», a-t-il confié à un électeur qui lui demandait comment il comptait restaurer «la courtoisie et l'honneur» dans la politique américaine. «Ce que je ferai, si je suis élu président, en premier, et je ne plaisante pas (...) je vais les appeler», les républicains, a-t-il déclaré en rappelant sa réputation lorsqu'il était sénateur, pendant plus de 35 ans, d'homme capable de franchir les barrières partisanes.

En évoquant les plaies du racisme, il s'est présenté à l'opposé de Donald Trump que Joe Biden accuse d'aiguiser les tensions entre Américains: «Si je suis élu président, vous ne m'entendrez pas (...) diviser. Je tenterai de rassembler.»

Un troisième débat dans une semaine

Quelques heures avant son entrée en scène, Donald Trump avait donné le ton: «J'aimerais pouvoir le regarder pour voir s'il pourra aller jusqu'au bout», a lancé le président de 74 ans, évoquant son adversaire de 77 ans qu'il affuble du surnom «Sleepy Joe».

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Les audiences de ces deux rendez-vous seront particulièrement attendues avant d'être comparées. Les sondages sont inquiétants pour Donald Trump dans cette campagne à rebondissements, pour laquelle plus de 17,5 millions d'Américains ont déjà voté de façon anticipée. L'ancien vice-président démocrate mène de près de dix points de pourcentage dans la moyenne nationale des enquêtes d'opinion pour la présidentielle du 3 novembre. Mais surtout, bien qu'avec une marge plus étroite, dans les Etats-clés qui font les élections aux Etats-Unis en basculant d'un parti à l'autre.

Dès la semaine dernière, le milliardaire républicain avait refusé de participer au deuxième débat, prévu au départ ce jeudi, quand les organisateurs avaient annoncé qu'ils le rendraient virtuel par mesure de précaution, au cas où il serait encore contagieux. Joe Biden avait refusé de repousser la date de leur second duel comme le proposait l'équipe Trump.

Un troisième débat est toujours prévu le 22 octobre à Nashville, dans le Tennessee. Le candidat démocrate a déclaré jeudi qu'il aimerait que Donald Trump se fasse tester avant ce nouveau duel, «par décence». Mais il a ajouté qu'il suivrait les consignes des organisateurs indépendants.

Joe Biden poursuit sa campagne malgré des cas de coronavirus

La campagne a de nouveau été chamboulée jeudi par le coronavirus. La candidate démocrate à la vice-présidence, Kamala Harris, a suspendu ses déplacements jusqu'à dimanche «dans un souci de prudence» en raison de cas de Covid-19 dans son entourage.

L'ancien vice-président de Barack Obama a lui décidé, sur avis de ses médecins, de ne pas interrompre sa campagne de terrain malgré un autre cas découvert dans l'équipage de son avion, mais qui était resté à «plus de 15 mètres» et portait, comme lui, un masque. Joe Biden a souligné qu'il avait de nouveau été testé négatif jeudi.