Malgré les risques réels de nouvelles secousses sismiques, la terre s’est stabilisée mercredi à L’Aquila. La crise mondiale aussi. C’est en tout cas ce que les membres du G8 réunis dans la capitale des Abruzzes ont voulu faire passer comme message en affirmant dans un communiqué qu’ils observaient des «signes de stabilisation» de l’économie.

«Il existe notamment une reprise des marchés boursiers», ont insisté les dirigeants, confortés par un nouveau rapport du Fonds monétaire international qui a revu à la hausse (+0,6%) sa prévision de croissance mondiale en 2010, à 2,5%. «L’économie commence à sortir d’une récession sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale», a précisé le FMI, ajoutant néanmoins que «la stabilisation est inégale et la reprise sera probablement timide».

«Situation incertaine»

En attendant, rien ne permet de faire preuve d’optimisme. D’ici à la fin de l’année la récession devrait être encore plus forte, avec une contraction de l’activité de 1,4%, soit 0,1 point de plus que ce qui était prévu en avril. D’ailleurs, dans leur déclaration commune sur l’économie, les participants du G8 ne peuvent que souligner que «la situation reste incertaine et des risques importants continuent de peser sur la stabilité économique et financière». Surtout, ils mettent en garde: «Les effets de la crise économique sur les marchés du travail peuvent remettre en cause la stabilité sociale.» «Il y a une véritable prise de conscience des risques sociaux et politiques produits par la crise», souligne un diplomate.

Reste que les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pas annoncé hier de mesures concrètes et notamment de nouveaux plans de relance. Même si Barack Obama envisagerait une telle option pour sortir les Etats-Unis de la récession. Depuis Washington, un responsable de la Maison-Blanche a cependant démenti que l’administration américaine ait pour le moment mis sur pied un nouveau programme de relance. De son côté, le FMI insiste notamment sur la nécessité de prévoir «le retour à l’équilibre budgétaire après que la croissance sera fermement rétablie».

Capitaux «cachés»

Comme c’était prévisible, l’étape du G8 à L’Aquila n’aura donc pas permis de dégager de nouvelles initiatives pour affronter la crise. Les grandes décisions devraient être en principe prises à Pittsburgh, au sommet du G20 prévu en septembre prochain. En attendant, selon un membre de la délégation italienne, la préparation du sommet dans les Abruzzes aurait vu la France et les Etats-Unis s’opposer sur la régulation des marchés financiers: «Le gouvernement de Nicolas Sarkozy souhaitait aller plus loin dans les mesures pour combattre les hedge funds et les paradis fiscaux. Washington a une attitude plus prudente.»

Dans leur communiqué commun, les dirigeants du G8 se contentent d’une déclaration d’intention en réaffirmant qu’il est «intolérable que des volumes importants de capitaux soient cachés pour échapper à l’impôt». Et d’invoquer «la discussion et l’adoption d’une panoplie de contre-mesures efficaces qui pourrait être utilisée à l’encontre des pays qui ne respectent pas les normes internationales concernant la transparence fiscale». «Si on ne fait pas les réformes aujourd’hui, alors que la crise frappe partout dans le monde, on ne les fera jamais, s’indigne Sébastien Fourmy, directeur de l’ONG Oxfam-France. Depuis des mois, les chefs d’Etat et de gouvernement font le même constat et l’on ne voit rien de nouveau, par exemple sur la réforme du FMI.»

Ce jeudi, les discussions du G8 s’élargiront notamment en direction des pays émergents, à commencer par l’Inde, le Brésil et le Mexique. La délégation chinoise sera présente mais sans son président, Hu Jintao, rentré en urgence mardi soir pour faire face à la crise du Xinjiang. «Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le sommet de L’Aquila», indique avec euphémisme un diplomate européen, qui ajoute malgré tout que «le fait véritablement saillant de cette réunion, c’est que l’on est définitivement passé d’une réunion à huit à un G13 voire G14, avec des pays émergents qui sont entrés dans la substance».