UE

Orban-Soros, le duel hongrois des deux Europe

Le très autoritaire premier ministre hongrois a fait du milliardaire de 89 ans sa cible favorite, symbole d’une Union européenne qui fossoie l’identité des peuples. Au cœur de ce duel mis en scène par Budapest: la Central European University et les futures élites de l’ex-Europe communiste

Sur le panneau d’affichage de la Central European University (CEU) à Budapest, le ton est annoncé d’emblée. Impossible à rater, le séminaire du programme «Migration studies» (études des migrations) nargue, avec sa brochette de professeurs étrangers et sa thématique «valeurs européennes et migrants», la rhétorique identitaire de Viktor Orban. A trois jours des élections de dimanche au Parlement européen, où la Hongrie enverra 21 élus, le duel entre ce bastion académique de l’ouverture et le repli sur soi prôné par le premier ministre bat son plein. «Orban et son système ont besoin de boucs émissaires intellectuels. Les universitaires libéraux de la CEU sont des cibles parfaites», lâche une ex-enseignante, soucieuse de rester anonyme car employée de l’université publique.

CEU. Ces trois lettres en cachent cinq autres: celles du patronyme de l’ennemi numéro un de l’homme fort de Hongrie, le milliardaire américain George Soros, né à Budapest en 1930 et parti au Royaume-Uni en 1947. Pas un discours consacré aux périls de la mondialisation, source de métissage «sans limite et sans merci» des populations blanches et de «dissolution-catastrophe» pour l’Europe chrétienne, sans que Viktor Orban n’interpelle le financier qui, en septembre 1992, fit craquer la banque d’Angleterre et amassa une colossale fortune. Orban-Soros: l’affrontement est mis en scène à toutes les sauces. Exemple: une affiche placardée partout, lors des législatives d’avril 2018 (remportées par le Fidesz, le parti d’Orban, avec 49,5% des voix) montrant côte à côte le visage du milliardaire et celui du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Sous-titre? «Les manigances de Bruxelles». Soros en gourou de la finance globale. Juncker en supplétif luxembourgeois. Ceci, de la part d’un premier ministre dont la famille et le clan se sont, dès les années 2000 (il fut d’abord premier ministre de 1998 à 2002) puis depuis son retour au pouvoir en 2010, considérablement enrichis…