Ce week-end, des milliers de manifestants ont réclamé à Moscou l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des étrangers. Emblème du cortège aux côtés du drapeau national et des icônes religieuses, la photo de Maxime Kouzmine, un petit Russe de 3 ans adopté par une famille texane et décédé en janvier. Si les autorités américaines ont retenu la thèse de l’accident, les Russes accusent la mère adoptive d’avoir battu l’enfant.

Les orphelins sont devenus les otages du pouvoir depuis que la Russie a interdit leur adoption par des familles américaines en représailles à une loi promulguée par l’administration Obama interdisant notamment de séjour aux Etats-Unis des responsables russes impliqués dans la mort en prison en 2009 de l’avocat Sergueï Magnitski, ou dans d’autres violations des droits de l’homme. Les opposants russes avaient baptisé le texte «loi Hérode» et avaient manifesté en nombre en janvier pour protester contre le sacrifice des nombreux enfants du pays en attente d’une famille d’accueil.

La mort du petit Maxime fait débat

Né d’une mère alcoolique en Russie, Maxime Kouzmine a été retrouvé inanimé en janvier dans la cour de sa maison du Texas par sa mère d’accueil. Malgré l’intervention des secours, l’enfant est décédé à l’hôpital d’une «artère lacérée» dans l’intestin en raison d’un choc dans l’abdomen. L’examen des experts a montré que l’enfant souffrait de troubles mentaux qui l’auraient conduit à se blesser tout seul. C’est ce rapport, concluant à une mort accidentelle et révélé vendredi, qui a mis le feu aux poudres.

Le délégué du Ministère russe des affaires étrangères pour les droits de l’homme, Konstantin Dolgov, s’est dit préoccupé par cette version. Il a estimé que les résultats de l’autopsie étaient incomplets et exigé que les autorités américaines fournissent à la Russie tous les documents nécessaires pour faire la lumière sur la mort de l’enfant, y compris le certificat de décès.

Une campagne bat son plein en Russie pour obtenir le retour de Kirill, le frère cadet de Maxime, adopté dans la même famille et âgé de 2 ans. «Notre principale revendication est de ramener Kirill à la maison et d’interdire les adoptions par des Occidentaux», a déclaré l’une des organisatrices de la manifestation de samedi, Irina Bergset, coordinatrice du mouvement des Mères russes. Le porte-parole du président russe a déclaré que des démarches avaient été entreprises afin de ramener l’enfant en Russie. Mais «les procédures juridiques liées à l’éventualité d’un tel retour sont très compliquées», a cependant ajouté Dmitri Peskov, à la chaîne de télévision Dojd.

Les ogres américains

Les médias russes n’hésitent pas à montrer les parents américains comme des ogres. Et à ressortir de sordides faits divers impliquant des enfants russes adoptés. Le texte interdisant le départ des orphelins aux Etats-Unis est d’ailleurs nommé «loi Iakovlev», du nom d’un enfant russe adopté aux Etats-Unis en 2008 et mort oublié par son père adoptif dans une voiture en pleine chaleur.

Les Russes dénoncent aussi les adoptions internationales par des homosexuels. Les Mères russes veulent interdire le départ d’enfants vers la France en raison de la légalisation de l’adoption par les couples gays.

La Suisse concernée?

La Russie fait partie des dix pays les plus concernés par l’adoption internationale en Suisse. «A ma connaissance, il n’y a actuellement pas de blocage des procédures d’adoption», dit Maryse Javaux, collaboratrice à l’Autorité centrale en matière d’adoptions internationales de la Confédération. Une quinzaine d’enfants russes sont adoptés chaque année par des couples helvétiques. Selon Maryse Javaux, le poids des formalités administratives rend les démarches particulièrement difficiles.

Plus de 700 000 orphelins

Entre 2008 et 2011, 14 660 enfants russes ont été adoptés par des étrangers, 33 300 enfants l’ont été par des Russes. Le pays n’a pas très bonne réputation à cause de la prévalence élevée du syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) qui toucherait environ 10% des bébés abandonnés. Le SAF cause notamment des malformations, des déficiences intellectuelles et des retards de croissance et est difficile à détecter chez les jeunes enfants. En tout, la Russie compte 740 000 orphelins selon l’Unicef. Elle n’a pas signé la Convention de La Haye sur les adoptions internationales.