Tour à tour ironique, vitupérateur ou rassembleur, cinglant lorsqu'il s'agit d'en appeler à l'élimination des paradis fiscaux et des «hedge funds», Oskar Lafontaine aura une nouvelle fois démontré, devant les 562 délégués de Die Linke réunis samedi et dimanche à Cottbus, près de la frontière polonaise, à quel point il était désormais indispensable aux succès de la gauche radicale allemande, troisième parti du pays avec 14% d'intentions de vote et 75000 militants. Mais aussi, par son style populiste, étranger aux traditions du «parti des travailleurs».

Il est devenu la star du parti né de la fusion des néocommunistes de l'est et des dissidents sociaux-démocrates de l'ouest. C'est lui qui impose les thèmes qui monopolisent le débat public: le salaire minimum, l'abolition des réformes sociales Hartz IV, les baisses d'impôts, la taxation des riches, le retrait des troupes allemandes d'Afghanistan. «Le chancelier de l'ombre», l'a qualifié un soir un journaliste dans un débat politique.

Tribun de la Sarre

Mais le tribun de la Sarre et coprésident de Die Linke a beau en appeler à l'unité du parti et l'exhorter au courage, puisque «le vent de l'histoire souffle dans nos voiles», un vieux fond de méfiance persiste entre lui et le gros des membres issus des nouveaux Länder de l'est.

Samedi, dans la halle des expositions de Cottbus, lorsque Lothar Bisky, l'autre coprésident de Die Linke, en eut terminé, d'un ton monocorde, avec son discours internationaliste et pacifiste, empreint des valeurs d'égalité et de solidarité sociale de l'héritage communiste, les cadres de Die Linke l'avaient serré dans leurs bras. Mais, avec Oskar Lafontaine, malgré l'ovation debout des délégués, on s'est satisfait d'une poignée de main avec une petite tape sur l'épaule. Comme s'il n'était pas tout à fait membre de la famille. Avertissement pour celui qui se verrait bien président unique en 2010 au moment de la reconduite du duo présidentiel pour deux ans: il n'a obtenu que 78,5% des voix et son coprésident, Lothar Bisky, un ancien réformateur communiste, 81,3%. Illustration aussi de la difficile fusion entre est et ouest.

Style stalinien

Dans son discours, Oskar Lafontaine s'est d'ailleurs âprement défendu contre les accusations de ceux qui, dans la presse allemande et même au sein de son parti, ont dénoncé son style autoritaire, voire despotique. «Nous sommes une équipe, pas le parti d'une seule personne. Cette idée qu'il y aurait un style stalinien, je la rejette avec force», s'est-il emporté.

Die Linke s'en ira en campagne électorale sans programme politique, mais avec des points forts adoptés dimanche. «On va se mettre au programme peut-être cette année, mais ce sera pour après 2010», évoque le chef du groupe parlementaire, l'ancien réformateur communiste Gregor Gysi. «C'est la preuve qu'Oskar Lafontaine se satisfait du statut d'éternel opposant. Une coalition entre le SPD et Die Linke au niveau national est dès lors impossible», avait dénoncé la semaine dernière le maire social-démocrate de Berlin, Klaus Wowereit. Oskar Lafontaine s'indigne, brandit une feuille à la tribune de son congrès et cite une liste d'intentions comme des slogans: un salaire minimum à 10 euros, un programme d'investissements de 50 milliards, la retraite à 60 ans, un prix «social» de l'essence et, pour financer cela, une augmentation d'impôts pour les riches et les entreprises.

La direction de Die Linke était bien plus embarrassée par la demi-douzaine d'interventions qui visait Christa Müller, femme d'Oskar Lafontaine, pour ses prises de position «insupportables» contre les crèches. Porte-parole pour les questions familiales en Sarre, elle avait récemment comparé le préjudice moral des enfants confiés aux crèches à celui des fillettes excisées. Ces interventions ont soigneusement été renvoyées en fin de congrès, sous un titre discret: «pour une politique familiale émancipatrice». Pas question de sermonner la femme du leader, même si ses thèses irritent fortement les 40% de femmes du parti.