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Manifestation de journalistes après l’agression d’un de leur collègue à Ostie, en Italie, le 10 novembre 2017.
© Filippo Monteforte/AFP

Italie

A Ostie, des élections en terres mafieuses

Les électeurs d’Ostie, plus grand arrondissement de Rome, doivent choisir lors d’un ballottage dimanche leur nouveau président. Des faits divers lors de l’entre-deux-tours ont rappelé à l’Italie que la mafia existe aussi dans sa capitale

Vendredi à l’aube, Toto Riina, le chef suprême de la mafia sicilienne, vient de mourir. Le même matin, Ostie se réveille en apprenant qu’un incendie a détruit dans la nuit la porte du siège local du Parti démocrate. La classe politique dénonce très vite un acte d’intimidation d’un clan criminel, deux jours avant le deuxième tour de l’élection du président du dixième arrondissement de Rome, l’un des plus peuplés de la Ville éternelle.

Le soir même, les Italiens découvrent la troisième saison de la très populaire série Gomorra, sur les méfaits de la camorra, la mafia napolitaine. Mais le journal télévisé quelques minutes plus tôt leur rappelle que la mafia existe aussi bel et bien dans leur capitale et pas seulement dans le sud de la Botte. Le scrutin et plusieurs faits divers ont remis au centre de l’attention un phénomène existant à Rome depuis des décennies. A l’ombre de la mafia, Giuliana Di Pillo, candidate du Mouvement 5 étoiles et gagnante du premier tour avec 30,2% des voix, doit affronter la candidate du centre droit Monica Picca.

Lire aussi: Toto Riina, le chef sanguinaire de la mafia, est mort

Deux ans de mise sous tutelle

Le vote a lieu après deux ans de mise sous tutelle par l’Etat du littoral romain. A l’été 2015, le Conseil municipal d’Ostie, 230 000 habitants, est dissous pour infiltrations mafieuses. L’enquête Mafia Capitale sur «le monde du milieu», où s’entrecroisent intérêts politiques, économiques et criminels, révèle des liens entre des clans mafieux et des fonctionnaires.

Une commission extraordinaire commence alors à administrer la localité dans le but d’en assainir les institutions. La vie démocratique est suspendue deux ans durant, comme le regrette Alfonso Sabella, magistrat anti-mafia et adjoint à la légalité de l’ancien maire démocrate de Rome Ignazio Marino. Il est envoyé à Ostie, où il voit «la même mafia» qu’en Sicile. Refusant d’être escorté, il avoue être armé. Très vite, ses collaboratrices devant l’aider à reprendre en main la municipalité sont victimes d’intimidations et de violences.

Journaliste agressé

Alfonso Sabella n’est donc pas du tout surpris de l’agression d’un journaliste de la télévision publique, dont les images, diffusées mercredi 8 novembre, choquent tout le pays. Le reporter est en train d’interroger Roberto Spada, membre d’un clan familial reconnu comme mafieux, sur son soutien à CasaPound, le parti néofasciste ayant créé la surprise au premier tour avec 9% des voix. Visiblement lassé par les questions, il assène un violent coup de tête à son interlocuteur, lui brisant le nez, avant de s’en prendre au cameraman avec une matraque.

Cette agression en plein jour et devant une caméra révèle selon la justice un «comportement évocateur du mépris à une quelconque réaction de l’Etat et un sentiment d’impunité». L’homme de 42 ans est arrêté quelques jours plus tard. Pour le Ministère de l’intérieur, il s’agit de «la démonstration qu’en Italie il n’existe pas de zones de non-droit». Pourtant, les Spada ne sont qu’une petite partie de la toile criminelle tissée dans la région. Le quotidien Il Mattino détaille dans son édition du 11 novembre la présence dans le Latium de 92 clans, dont 75 à Rome.

Extorsion, usure et racket de logements

Le clan Spada «commande à Ostie comme les boss en terres siciliennes», affirme Il Corriere della Sera. Jusqu’au début des années 2000, cette famille n’est que le bras armé d’autres clans, notamment les Fasciani, la famille criminelle la plus importante du littoral, avant d’acquérir sa propre autonomie. Avec l’extorsion et l’usure, le racket des logements dans les quartiers populaires est l’un de ses principaux instruments de contrôle du territoire pour gérer ses activités illégales et pour observer les déplacements des forces de l’ordre. Le frère de Roberto, Carmine, chef du clan, a été condamné à 10 ans de prison en juin 2016 pour extorsion avec «méthode mafieuse», aspect juridique aggravant l’accusation.

Participation en berne

Plusieurs manifestations ont eu lieu entre les deux tours pour dénoncer ces faits. Jeudi, Libera, un réseau d’associations contre les mafias présidé par le charismatique prêtre Don Luigi Ciotti, est descendu dans les rues d’Ostie. Ses militants veulent dénoncer, mais aussi sensibiliser. «Une partie des habitants a toujours essayé de nier le phénomène, comme si parler de mafia ici portait préjudice à l’image du territoire, témoigne Marco Genovese, jeune membre du réseau, né sur place. Il faut affirmer que ce problème existe et qu’il doit être affronté. Il faut une prise de conscience.»

Est-ce par peur des clans qu’à peine plus d’un électeur sur trois a voté lors du premier tour? Ils ne mettent en réalité pas «leur confiance dans une réponse politique» au problème, regrette Marco Genovese. CasaPound a invité ses soutiens «à aller à la plage» dimanche, plutôt qu’aux urnes. Or à Ostie, la plage ne se voit pas. Les façades des structures balnéaires contrôlées par les clans mafieux créent un mur long de plusieurs kilomètres et cachent la mer aux yeux des habitants.

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